Sils Maria

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Sils Maria (France, 2014), un film d’Olivier Assayas avec Juliette Binoche, Kristen Stewart et Chloë Grace Moretz. Durée : 2h03. Sortie France : 20 août 2014, distribué par Les Films du Losange.

Voilà un film tout entier fondé sur des mises en abîme. D’abord dans sa conception même : pour Olivier Assayas et Juliette Binoche, qui à leurs débuts respectifs ont travaillé ensemble sur le tournage de Rendez-vous d’André Téchiné (l’une comme actrice, l’autre en tant que scénariste), il s’agit de reformer une ancienne union et de réapprendre à travailler ensemble après avoir évolué chacun de son côté. Or c’est ce même rapport qui existe entre deux personnages du film, celui de Maria Enders (une actrice) devant sa carrière à un metteur en scène qui l’a produite pour la première fois. Le jeu de correspondances va ensuite plus loin, puisque dans le film Binoche doit reprendre un rôle qu’elle a joué une vingtaine d’années auparavant : la pièce décrit un amour impossible entre deux femmes, la première jeune et désirable soumettant l’autre à ses caprices, jouant d’elle pour mieux l’abandonner. Ce rôle c’est celui que jouait la jeune Maria, et qu’elle considère comme la vraie expression de sa personnalité ; et la voilà 20 ans plus tard qui reprend le rôle inverse, celui de la femme séduite malgré elle, faible et constamment trahie. Maria qui change de rôle c’est Binoche en fin de carrière, rangée à 50 balais à peine dans la case des anciennes stars du cinéma, respectées mais vieilles – et qui refuse de s’y résigner par peur de la mort (elle redoute de subir le même sort que l’actrice qui la précède, qui s’est suicidé peu de temps après la représentation).

Le scénario se perd progressivement dans la pesanteur de ces jeux de miroirs. Au bout d’un moment tout ne fait que renvoyer à d’autres éléments du scénario, passés ou sous-entendus : le (très beau) serpent nuageux est une métaphore du désir qui envahit la vie de Maria, la jeune actrice issue d’Hollywood (qui dans la réalité a d’ailleurs joué dans Kick-Ass) est une incarnation de l’ambition de Maria jeune, son assistante n’est qu’un reflet inversé de sa déchéance, les répétition sont des séances de drague véritable, etc. C’est bien sûr le propos du réalisateur que de décliner à l’infini ce motif de l’éternel retour, puisque la ville Sils Maria elle-même renvoie à Nietzsche qui y aurait formulé le concept. Mais la méthode poussive d’Assayas n’amène qu’une vision nombriliste et névrosée du travail d’acteur : à trop vouloir verser dans le meta, Binoche se regarde jouer avec complaisance, passe son temps à prendre des moues de femme fatale, à rire très fort, à dire des banalités aigries sur la modernité (les paparazzis, la presse people, les ragots sur internet). Face à elle Kristen Stewart, qui il faut bien le dire est la vraie révélation du film. Elle parvient avec brio à réinventer son physique d’adolescente américaine fatiguée en l’enrichissant d’une charge érotique beaucoup plus mûre que dans la saga Twilight, et le résultat est saisissant de justesse et d’ambiguïté.

L’ensemble me paraît assez mitigé, le fonctionnement du duo d’actrices aurait pu suffire à faire un très bon film malgré le jeu parfois crispant de Juliette Binoche, mais la lecture est troublée par une volonté d’en faire trop et par des effets visuels lourds (le nombre incalculable de fondus au noir par exemple). De plus l’épilogue est trop long et vraiment pas nécessaire.

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