A most violent year

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A most violent year (États-Unis, 2014), un film de J. C. Chandor avec Oscar Isaac, Jessica Chastain et Albert Brooks. Durée : 2h05. Sortie France : 31 décembre 2014. Co-produit par Before The Door Pictures et distribué par Studio Canal.

Une vraie réussite pour Chandor après Margin Call que j’avais trouvé fade. A most violent year reprend les codes de la mafia à l’italienne façon Le Parrain ou Les Affranchis. De son côté Pierre Murat y voit une tonnes de références :

Car ce diable de J.C. Chandor semble avoir tout vu, les grands classiques comme les séries B. Il sait qu’on le sait, et on sait qu’il sait que nous savons : ça l’amuse de créer, entre lui et nous, ces liens cinéphiliques. Ainsi, dès les premières secondes — un homme qui court vêtu d’un jogging et d’un bonnet —, on pense à Sidney Lumet, à Serpico, très précisément, puisque Oscar Isaac, menu et nerveux, ressemble à Al Pacino. La poursuite d’un camion volé par une voiture est une copie assumée — et incroyablement maîtrisée — de The French Connection, de William Friedkin… Evidemment, le héros qui croit dominer un destin qui ne fait que le berner évoque Joseph L. Mankiewicz et son ironie cynique et désabusée : Jessica Chastain s’appelle, d’ailleurs, Anna et aime autant le fric que Danielle Darrieux dans L’Affaire Cicéron… Même Alfred Hitchcock est présent : Chandor lui emprunte son fameux MacGuffin. On s’en souvient, « Hitch » appelait ainsi le prétexte qui, dans ses intrigues, poussait les personnages à s’entre-tuer, mais qui n’avait aucune importance, ni pour lui, ni pour son spectateur. Ce pouvait être de l’uranium caché dans une bouteille de vin (Les Enchaînés), une formule mathématique à dérober (Le Rideau déchiré) ou un secret enfoui dans l’inconscient (Pas de printemps pour Marnie).

Des plans longs et bien composés, une intrigue simple qui laisse le temps à la tension de monter, une photographie « vintage » qui n’en fait pas trop, des costumes impeccables : le charme du film l’impose comme un classique dès sa sortie. Pourtant pas sûr que j’en garde grand-chose en mémoire. D’abord parce que l’histoire du personnage d’Oscar Isaac (un homme qui essaye de faire du business « honnête » en revendant du pétrole importé) n’est pas très accrocheuse et reste très focalisée sur le couple qu’il forme avec Chastain, qui le pousse à la corruption morale et plus prosaïquement à la fraude fiscale, mais sans que le duo ne bascule jamais vraiment dans la gestion des affaires façon mafieuse : les rendez-vous avec les « parrains » locaux sont cordiaux et sans accrochage. Ensuite parce que la violence promise par le titre n’est pas vraiment au rendez-vous : on assiste en tout et pour tout à deux braquage de camions et à un échange de tirs, le reste n’est que suggéré par la radio qui parasite le fond sonore du film avec une litanie interminable de vols et de meurtres. Le film reste toujours à la surface de son sujet, aussi propre et lisse que les beaux manteaux et costumes de son personnage : on se rince l’oeil mais ce n’est pas le scénario de l’année.

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