Adieu Berthe

adieu-berthe

Adieu Berthe, ou l’enterrement de mémé (France, 2012), un film de Bruno Podalydès avec Valérie Lemercier, Denis Podalydès et Isabelle Candelier. Durée : 1h40. Sortie le 20 juin 2012, distribué par UGC.

Le pitch est simple : une vieille casse sa pipe, crac, elle « claque » comme une ampoule, fait « pssht », bref elle disparaît sans moyen d’en savoir plus (rien ne reste d’elle que des phrases toutes faites sur la mort et la disparition des proches). Son petit-fils Armand, en charge du mariage, va de dialogues foutraques en rencontres étranges, hésite sur l’achat d’un cercueil futuriste, dialogue sur l’opportunité d’une rupture tellement « en douceur » qu’elle n’en serait pas vraiment une. Car Adieu Berthe est aussi un conte sur la détresse d’un homme qui erre en trottinette électrique, quelque part entre la pharmacie de sa femme et le tombeau de sa grand-mère, avec son amante entre les deux qui lui reproche sa passivité.
L’enchaînement des situations suit une logique bien balisée, mais se donne le loisir de tourner autour, de composer librement avec le modèle convenu de la comédie familiale à la française.

Quelques bonnes idées animent le rapprochement des deux intrigues, amoureuse et existentielle, notamment le jeu des textos par écrans de couleur qui s’intercalent ou les petits chants d’oiseaux pour signaler chaque messages (très vite agaçants, et tellement omniprésents que lorsqu’un vrai oiseau vient à chanter, il consulte machinalement son téléphone). Le gag reste très présent, mais sur un mode mineur, comme une composante diffuse des dialogues et des objets (l’imitation en postures figées de la grand-mère face aux pompes funèbres, les modèles invraisemblables de cercueils, le répondeur téléphonique ou encore les slogans : « Avec Définitif, c’est définitif »). Adieu Berthe se place sur le registre de l’anecdotique, de la fantaisie : en cela il a quelque chose du récent Moonrise Kingdom de Wes Anderson – mais il est bien moins saturé en couleurs, et moins fade. L’ambiance carton-pâte en moins, mais un même goût du détail comique un peu poussif : ce qui fait le film c’est surtout la légèreté entraînante du tour de magie (que pratique Armand), du mouvement émerveillé de la révélation, la pointe d’humour fraîche dont regorgent les dialogues.

Le texte est servi par le très bon jeu des deux frères, en particulier de Denis Podalydès qui m’évoque un peu Mads Mikkelsen dans Adam’s Apples ou Les bouchers verts : ils ont en commun une certaine désinvolture, une manière de faire de l’angoisse existentielle et de la gêne physique quelque chose de franchement drôle, qui flirte en permanence avec l’étouffement. Ainsi dans la scène d’ouverture Armand a la tête prise dans une boîte où s’insèrent des sabres ; il y téléphone un moment, le temps d’apprendre le décès. Par la suite il se confinera à nouveau mais dans une malle, réminiscence du même cadre clos et fictif où l’on se terre et où l’on disparaît de la surface du monde, motif que reprennent les projections surréalistes de cercueils blancs nacrés où l’ombre portée trouve parfaitement sa place. Denis Podalydès creuse encore un peu plus son personnage de marié mélancolique, avec ses faiblesses d’hommes, son inconstance, et achève le film sur une tirade géniale où tout s’emmêle, où son personnage d’Armand, qui ne sait plus de s’il parle de lui, de ses femmes ou de sa grande-mère, en vient à un adieu qui signe un mouvement général du comédien vers l’absence et la pudeur.

Laisser un commentaire