American Sniper

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American Sniper (États-Unis, 2014), un film de Clint Eastwood avec Bradley Cooper, Sienna Miller et Jake McDorman. Durée : 2h12. Sortie France : 18 février 2015. Produit et distribué par Warner Bros.

Triste coïncidence de calendrier que de se retouver à finir American Sniper et ses scènes de combat dans Falloujah avec dans une deuxième fenêtre le live-tweet du début des fusillades dans le XIème… Le film de Clint Eastwood porte bien son titre, et présente un point de vue sans nuance sur l’affrontement urbain et les conséquences de la guerre moderne. On commence par une enfance résumée en trois scènes : le fiston qui abat une biche sous le regard approbateur de son père, puis le même en train de défendre son petit frère dans une bagarre, enfin le pitch du père qui le félicite et explique très sérieusement qu’il y a dans la vie trois types de personnes : les moutons, les loups et les chiens de troupeau, ces derniers constituant une espèce rare investie d’une mission divine sur terre. Voilà pour le cadre, décrit à la truelle et fixé en trois minutes à peine ; Eastwood veut se concentrer sur ce qui l’intéresse, c’est-à-dire les épisodes de combat urbain. Il faut dire que son personnage, inspiré du membre des SEALS Chris Kyle (d’ailleurs co-producteur du film), passera par les batailles les plus sales menées par les États-Unis en Irak et ailleurs : Falloujah en 2004, Ramadi en 2006, Bagdad en 2008. L’ambiance est très « guerre contre l’axe du mal », très Bush, et le film ne prend jamais de recul. Le soldat Kyle revient bien chez lui légèrement traumatisé par le fait d’avoir vu ses amis se faire trucider un par un, mais la morale du film est sans appel : après avoir massacré du musulman hargneux, il redevient le père de famille modèle qu’il a toujours été, le conflit n’a fait que l’effleurer, et son questionnement du monde qui l’entoure se borne à se demander pourquoi dans la société civile on ne parle pas davantage des conflits menés par l’armée américaine à l’autre bout du monde. C’est un film gênant parce qu’Eastwood a un talent de mise en scène évident, et qu’il en abuse malhonnêtement. On ne peut pas ignorer qu’il est un conservateur pur et dur, c’est dans tous les plans, et le film n’arrive pas à tenir ce point de vue à distance.

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