Ana Arabia

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Ana Arabia (Israël, 2014), un film d’Amos Gita avec Yuval Scharf, Yussuf Abu-Warda et Sarah Adler. Durée : 1h24. Sortie France : 6 août 2014, distribué par Océan Films.

Après Boyhood, un autre « film concept » où la méthode de tournage intrigue et tend à résumer l’ambition du film, à ceci près qu’il ne dure ici pas douze ans mais une petite heure et demie. La continuité est donc à chercher dans le cheminement ininterrompu de la caméra, qui serpente entre les murs où évolue une petite communauté fermée sur elle-même, quelque part en Israël près de Jaffa. Une jeune journaliste, rousse et très belle, vient pour réaliser un reportage sur cet exemple quasi unique de cohabitation entre juifs et arabes, dont les histoires entremêlées nous sont présentées de manière décousue, au fil des dialogues entre elles et les habitants du quartier. Il est toujours question de la même chose : d’exil principalement, et de relations entre proches qui s’aiment mais sur qui pèsent l’histoire et la violence du conflit et des communauté.

Pourtant Amos Gitaï survole toujours un peu son sujet, il tourne autour par bribes, entre la description d’un destin tragique (celle d’un couple arabe/juif détruit par l’intolérance de ceux qui l’entoure) et saupoudrage de réflexions sur la vie en communauté. Comme le souligne Camille Brunel pour Independencia :

On soupçonne Gitaï, amateur de visages féminins […] de n’avoir fait le film que pour la regarder elle, pour tenter l’expérience d’un film où la caméra ne se détacherait pas une seule seconde, pendant 84 minutes, d’un visage parfait, et en scruterait toutes les variations.

Il faut dire que Yuval Scharf capte à elle seule toute l’attention, et que la caméra ne s’en éloigne que rarement, pour une poignée de seconde, le temps de s’attarder sur le décor ou sur l’entrée en scène d’un personnage. Elle est à ce point le centre de toute l’attention que son jeu ne sait parfois pas s’en accomoder, et qu’elle doit composer des mines d’attentes un peu forcées quand un de ses interlocuteurs se lance dans un monologue trop long. La faiblesse du film se dévoile un peu dans ces moments là, où la narration façon conte pour enfant (un personnage à la fois, une histoire prenant le pas sur l’autre) finit par empiéter sur la cohérence dramatique du film.

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