Aquarius

aquarius

Aquarius (Brésil, France, 2016), un film de Kleber Mendonça Filho avec Sonia Braga, Maeve Jinkings et Irandhir Santos. Durée : 2h25. Sortie France : 28 septembre 2016. Produit par CinemaScópio et distribué par SBS.

Je m’étais endormi aux trois quarts du film lors de sa présentation à Cannes alors que c’était celui que j’attendais le plus, et avais fini par quitter la salle en cours de route. Mais un heureux concours de circonstance m’a fait le revoir à tête reposée après sa sortie en salles : le festival du documentaire organisé par La Croix au Balzac ayant courronné Homeland d’Abbas Fahdel (un énième prix en festival dans une carrière invraisemblable qui semble ne pas devoir finir), que j’avais déjà vu, j’ai eu pile le temps de changer de salle pour voir Aquarius avant de revenir assister au débat d’après séance – ce qui a donné un télescopage un peu tiré par les cheveux.

Le film résiste assez bien à un deuxième visionnage, et le style de Mendonça Filho m’apparaît plus clairement, dans sa manière de vouloir faire vivre les immeubles à la fois comme des lieux de mémoire et comme une membrane sur laquelle projeter toute la paranoïa et les fantasmes de la société brésilienne. Pourtant les défauts sont aussi là : les longueurs, les effets de zooms qui ont perdu en intensité et des personnages qui ne décollent pas vraiment. Sonia Braga étant une parfaite inconnue pour moi, difficile d’adhérer à son aura de super-star sur le retour qui devrait en faire une sorte de Deneuve brésilienne. Son personnage est pourtant très bien vu en tant que portrait d’une certaine génération, d’un type de caractère propre à ceux qui ont vécu la libération sexuelle, la musique des années 80, et ont depuis le sentiment que les choses ne font que se dégrader, quitte à se permettre de juger leurs benjamins à qui ils ont pourtant légué l’essentiel de leurs problèmes. Mais en tant que figure de la résistance elle est assez pathétique, et le combat central dans le film, celui d’un attachement obstiné à un lieu, s’il sort renforcé des remarques acerbes de ses voisins, s’effrite devant le jugement des enfants qui viennent la voir et devant ses origines bourgeoises que le promoteur immobilier lui renvoie vertement à la gueule. La fin du film, complètement dérisoire et mise en scène avec une emphase ridicule, achève de faire perdre au personnage une profondeur qu’on aurait aimé lui accorder sans y être forcé par le scénario.

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