Au bord du monde

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Au bord du monde (France, 2014), un film de Claus Drexel. Durée : 1h38. Sortie en France : 22 janvier 2014. Distribué par Aramis Films.

Au bord du monde décrit le quotidien des sans abri à Paris, un peu avant et puis au coeur de l’hiver. Le documentaire est le fruit d’une année passée par le réalisateur auprès de SDF et avec des associations, ce qui confère aux témoignages la force de la vérité et la valeur de la confiance. Plusieurs critiques relèvent une caméra « à hauteur d’homme » mais elle est en fait toujours un peu plus bas, toujours près du sol car c’est là que se joue une partie de ce qui compte : le bitume glacé sous la neige et la pluie, la saleté d’un trottoir, les pieds des passants qui ne s’arrêtent pas. Les plans excluent d’ailleurs systématiquement ce qui relève de cet ailleurs qui les ignore, et finit par donner une vision inquiétante de Paris, celle d’un monstre froid et vide aux architectures massives où les hommes n’ont que la place de se nicher dans un coin de mur, entre deux endroits de passage ou même, dans le cas terrible de Henri que l’on découvre à la fin, dans le renfoncement d’un mur dans le sous-terrain du pont de l’Alma, au milieu de la poussière et des détritus.

Certains portraits sont particulièrement déchirants, notamment celui de Christine, qu’on dirait une très vieille dame mais qui est probablement vieillie prématurément par la rue, et qui campe près des grilles du jardin des plantes, enroulée dans une couverture de survie sans plus savoir à qui demander de l’aide. Ou encore cet homme qui dans une station de RER déserte explique qu’il a encore toute sa tête, qu’il a confiance et qu’il veut rebondir, message d’espoir tué dans l’œuf lorsque la caméra s’attarde sur lui et qu’on le voit répéter ces mêmes phrases comme un mantra, son optimisme relevant en fait de la folie, et que ses gestes trahissent une souffrance physique persistante (il ne peut pas s’assoir plus de 5 minutes et ne cesse de se lever). La Tosca de Puccini vient clore ce parcours et achève le tableau sur un lever de soleil sur la capitale, un de plus qui ne changera rien : « C’est comme le Jour de l’An, tout le monde crie à minuit. À minuit une, c’est fini, on est toujours dans la même merde, on est toujours sur le parking ».

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