Happy Birthdead

Happy Birthdead (États-Unis, 2017), un film de Christopher Landon avec Jessica Rothe, Israel Broussard et Ruby Modine. Durée : 1h37. Sortie France : 15 novembre 2017. Produit par Blumhouse et distribué par Universal Pictures.

Plein d’humour, le film surfe entre Scream, le slasher, la comédie romantique, le film d’initiation et, bien sûr, Un Jour sans Fin qui est cité littéralement par un des protagonistes du film. Ajoutons que c’est une production Blumhouse, société devenue experte du cinéma de genres. La recette est toujours la même : des pitchs forts et des moyens réduits (jamais plus de 5 millions dans un film !). Jason Blum qui est derrière cette société a remis à l’ordre du jour M.Night Shyamalan (The Visit & Split) et surtout a produit le carton Get Out. Une affaire qui marche car c’est aussi la cinquième collaboration entre Blum et le réalisateur Christopher London (qui, pour l’anecdote, n’est autre que le fils de Michaël Landon alias Charles Ingalls dans l’inoxydable La petite maison dans la prairie !). Landon a été –entre autres- scénariste et producteur de divers épisodes de Paranormal Activity. Happy Birthdead ne semble pas dépareiller à ce tableau de chasse de la maison Blumhouse et a remporté un joli succès dans son pays d’origine. La mise en scène de Landon, efficace et simple, fait mouche. Malgré cette histoire de déjà vécu, il a utilisé très peu de plan déjà vus pour éviter un effet répétitif usant. Certes, on trouvera quelques faiblesses dans la partie un peu clipesque où Tree tente de lister qui est son criminel, mais le charme agit. La preuve quand vers les deux-tiers du récit, le suspense est mis de côté au profit de l’évolution du personnage, on suit! On aura rarement vu un néo-slasher s’apparentant à ce point-là au feel good movie! — Culturopoing

L’Insoumis

L’Insoumis (France, 1964), un film de Alain Cavalier avec Alain Delon, Léa Massari et Georges Géret. Durée : 1h55. Reprise France : 14 février 2018. Produit par Cipra Films et distribué par Park Circus.

Dans la première partie de sa carrière aux multiples facettes, Alain Cavalier a célébré la beauté féminine mais aussi masculine en filmant successivement trois vedettes à l’insolente jeunesse : Romy Schneider (Le Combat dans l’île), Alain Delon (L’Insoumis) et Catherine Deneuve (La Chamade). L’Insoumis est le plus étonnant de ces trois films magnifiques. C’est également le moins connu, victime des tracasseries de la censure et d’un procès qui lui coûtera près de trente minutes et le fera disparaître prématurément des écrans.

L’Insoumis est le portrait d’un déserteur, ancien soldat de la légion étrangère, qui trahit des employeurs, membres de l’OAS, et permet l’évasion à Alger d’une avocate qu’il était censé surveiller dans sa geôle. Le film aborde le sujet encore brûlant de l’indépendance de l’Algérie moins de deux ans après la vague d’attentats meurtriers organisés par l’Organisation armée secrète. Pourtant cette histoire d’enlèvement puis de libération n’a rien d’un pamphlet politique. Il n’y est pas question d’une prise de conscience. C’est de manière instinctive que le personnage interprété par Delon choisit d’aider la jeune femme séquestrée. Il a pitié d’elle et refuse de demeurer passif. Le prologue du film nous le montre déjà désobéir à son officier pour courir au secours d’un copain sous les balles des fellaghas. C’est un individualiste dont le seul idéal est la liberté, qui lui permettrait de retrouver sa petite fille qu’il n’a jamais vue.

L’Insoumis ne cache pas sa dette envers le film noir américain, son atmosphère violente et ses antihéros romantiques. La cavale de ce jeune fugitif blessé prend des accents tragiques. Delon, fort de sa précoce gloire et de son magnétisme angélique, est superbe en animal traqué. Cavalier met son style épuré au service de l’action. Il enregistre avec précision les déplacements félins de son acteur. Quelque part entre Bresson et Walsh, L’Insoumis est l’un des diamants secrets du cinéma français. — Olivier Père

Le film est effectivement à part dans ce que je connais de la filmographie d’Alain Cavalier, mais c’est vrai que cette première période de son cinéma m’est encore inconnue. L’Insoumis, qui ressort curieusement en même temps que le documentaire du même nom sur Mélenchon, est un hommage appuyé au film noir mais il porte partout la marque du réalisateur : des passages avec plusieurs plans très courts successifs séparés par des fondus au noir, des portraits et des plans sur les mains très appuyés, l’écriture si juste des dialogues. Le scénario a l’intelligence de ne pas s’attaquer frontalement à la guerre d’Algérie, c’est avant tout l’histoire d’un homme à la recherche de sa propre liberté, ce qui correspond parfaitement au jeu d’Alain Delon. Léa Massari est aussi sublime avec

Irène

Irène (France, 2009), un film d’Alain Cavalier. Durée : 1h25. Sortie France : 28 octobre 2009. Produit par Caméra One et distribué par Pyramide.

Ce serait sans doute trop dire qu’Irène, qui revient sur le désastre fondateur de cette conversion esthétique, est aujourd’hui à la lumière ce que le Répondeur fut à la nuit. Du moins le film nomme-t-il explicitement son objet, se confrontant aux gouffres comme aux félicités qu’il recèle. L’affliction, la colère, la haine, la culpabilité, certes. Mais aussi la joie pure, la sensualité, l’amour.

Entre ces feux dévorants, Alain Cavalier construit son film en se posant des questions de cinéma, qui disent à elles seules le mystère de sa propre survie. Se demander comment représenter l’absente, quel corps lui donner dans le film, n’est-ce pas enfin, comme cinéaste, assumer son deuil ?

Une série de substituts, de médiums sont testés. La trace écrite : lecture des carnets du cinéaste, cristallisant des scènes et des sensations de l’époque. L’évocation fantomatique : revisiter les lieux fréquentés par le couple, laisser y affleurer les souvenirs. Le dévoilement par la biographie : révéler un fragment du parcours, de la psychologie de l’aimée. Le chamanisme : produire des objets empreints de la présence d’Irène, des fragments de photographies, des avatars animaliers. La reconstitution fictionnelle : rêver que Sophie Marceau, dont l’effigie secrètement adorée est punaisée derrière la porte d’un placard, interprète le personnage sans jamais oser le lui demander. Et pourquoi pas l’autoflagellation : tomber de l’escalier mécanique du métro et filmer sans déplaisir son visage tuméfié de survivant.

Rien qui ne permette d’éviter d’en revenir toujours à l’irréparable : ne pas avoir su empêcher qu’Irène, fragile, absolue, dépressive, parte un jour seule en voiture, trop impatiente de l’attendre, pour ne plus revenir. Combien de courage, d’impudeur, de délicatesse faut-il pour filmer cela ! — Jacques Mandelbaum, Le Monde

Fourty Guns

Forty Guns (États-Unis, 1957), un film de Samuel Fuller avec Barbara Stanwyck, Barry Sullivan et Dean Jagger. Durée : 1h19. Reprise France : 6 mars 2002. Produit et distribué par 20th Century Fox.

Quarante tueurs par cette approche romanesque entrecroise constamment mythologie et démystification. C’est le premier point qui domine lors de la saisissante scène d’ouverture, ce plan d’ensemble aérien sur une vallée déserte où avance une carriole. Un grondement tonitruant se fait entendre, laissant apparaître cette armada de quarante tueurs menée par Jessica Drumond (Barbara Stanwyck) androgyne et tout de noir vêtue. Un véritable ouragan symbole de toute la puissance de Jessica et qui précède celui, météorologique qui la montrera plus tard sous un jour plus vulnérable dans le film. Cette facette mythologique est également présente de manière sous-jacente dans certains éléments du scénario. Le héros Griff Bonnell (Barry Sullivan) et sa fratrie d’hommes de loi est bien sûr une réminiscence de Wyatt Earp, certaines informations (les aventures et étapes précédentes de Bonnell évoquées correspondant à celles réelles de Wyatt Earp) et surtout la caractérisation de dure à cuir taciturne évoquant la célèbre figure de l’Ouest.

L’intrigue au contraire tend à inverser cette tendance, les failles des personnages reposant justement sur cette aura légendaire désormais pesante. Griff est ainsi las de cette vie d’action et rechigne à tuer. Son premier morceau de bravoure exprime bien cela lorsqu’il stoppera le chien fou Brockie Drumond (John Ericson), frère de Jessica. Alors que Brockie sème la terreur en ville, Griff rechigne presque à intervenir et lorsqu’il le fait, toute l’aura menaçante du tueur aguerri ressurgit (Fuller préfigurant Sergio Leone avec ce gros plan sur les yeux de Griff qui écrase son adversaire rien qu’en avançant vers lui) même s’il le neutralise en l’assommant de son arme plutôt qu’en faisant feu. Jessica quant à elle s’est élevée à la force du poignet à coup d’intimidation et de corruption, mais en a payée en retour une immense solitude. Jessica et Griff sont des personnages jumeaux, usés par la voie qu’ils ont depuis si longtemps empruntés (la quête de pouvoir pour Jessica, l’application de la loi pour Griff) et voient chacun en leurs petits frères des avatars dégénérés d’eux même. Seules les forces de la nature avec un spectaculaire ouragan les font symboliquement et physiquement tomber de ce piédestal pour les mettre à nu et enfin se rapprocher (superbe scène d’amour, lascive et intimiste dans la pénombre d’une grange et l’heure des confessions respectives). Leur entourage les ramène cependant constamment à leurs existences tumultueuses, de façons plus outrée ou dramatique.

Toute la noirceur et violence du film s’exprime pour montrer cet entourage briser cette quête de quiétude du couple. Fuller use à la fois de la tragédie du dépit amoureux à avec l’homme de main joué par Dean Jagger qui acquiert une profondeur inattendue mais aussi de la pure confrontation, brutale et inattendue. Les fratries défaillantes précipitent le drame et bousculent les sentiments, le cadet Chico sauvant Griff tout en devenant définitivement un tueur, Brockie forçant sa sœur à le laisser à son sort après le crime de trop. Seul Wes Bonnell (Gene Barry sacrément charismatique) semble équilibré dans ses actions et sentiments mais ne peut donc survivre à l’agitation ambiante. — Chroniques du cinéphile Stakhanoviste

 

Hopptornet

Hopptornet (Suède, 2016), un court métrage d’Axel Danielson et Maximilien van Aertryckde. Durée : 17 min.

Un court métrage amusant passé à la Berlinale en 2016 et présenté par Mediapart dans le cadre de leur partenariat avec Tënk : c’est une série de gens filmés en haut d’un plongeoir à 10 mètres de hauteur, et qui naturellement hésitent beaucoup et essayent de se convaincre de sauter le pas. Quelques ralentis de l’action (quand elle a lieu) complètent le dispositif.

Martin et Léa

Martin et Léa (France, 1978), un film de Alain Cavalier avec Isabelle Ho, Xavier Saint-Macary et Richard Bohringer. Durée : 1h32. Sortie France : 31 janvier 1979. Produit par Les Productions de la Guéville.

C’est vraiment avec Martin et Léa que Cavalier laisse s’exprimer cette attention aux corps et pour balbutiante qu’elle soit, cette nouvelle manière d’appréhender son art nous offre des séquences d’une bouleversante simplicité, d’un naturel totalement confondant. C’est Léa qui apprend à Martin à se curer les ongles ou à utiliser un fil dentaire, des gestes anodins mais qui racontent avec une incroyable économie de moyens l’acceptation du corps de l’autre et de son propre corps. C’est – plus sombre et tragique – Viviane qui explique à Martin que c’est grâce à ses seins et son sexe qu’elle peut vivre confortablement et qui prend conscience à travers l’évocation de son être comme corps morcelé de l’impasse dans laquelle elle se trouve. C’est parce qu’elle a le sentiment que son corps ne lui appartient plus que Viviane se suicide. La disparition de son amie, Léa va l’éprouver dans son corps : elle est prise de frissons irrépressibles, elle se sent glacée. C’est à son tour de sentir que son corps lui échappe, qu’elle est en train de se scinder en deux, et seul l’amour de Martin lui permettra de se retrouver. Cavalier filme des corps et donc des gestes et vingt-sept ans avant 24 portraits, il s’attache déjà à filmer le travail : Martin qui entraîne sa voix de baryton, le père de Léa qui s’applique à sa couture dans son atelier… — DVD Classik