Bad lieutenant

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Bad Lieutenant: Port of Call New Orleans (États-Unis, 2009), un film de Werner Herzog avec Nicolas Cage, Eva Mendes et Val Kilmer. Durée : 2h02. Sortie France : 17 mars 2010. Produit par Saturn Films et distribué par Metropolitan FilmExport.

Autre réalisateur, autre ambiance : la version d’Herzog est beaucoup plus dingue que celle de Ferrara, davantage portée sur les psychédéliques que sur les stimulants. La musique, menée par une trompette, fait un peu penser au générique de Homeland et peint une atmosphère moins sombre, malgré une photographie contrastée et des teintes gris-vertes. Le ciné-club de Caen livre une lecture sympa du parcours du personnage en regard de celui de Harvey Keitel : là où ce dernier était pris dans un réseau étouffant d’indices de la présence du Christ, qui le mènent doucement à la rédemption, Herzog fait le pari d’un retour archaïque à l’eau et à la primitivité, incarnée par différents reptiles hallucinogènes qui apparaissent un peu partout.

C’est d’abord le serpent d’eau du générique qui vient inquiéter Sanchez, le prisonnier, puis le poisson dans son verre d’eau auquel l’enfant sénégalais avait consacré un poème avant de mourir. Ce sont ensuite les deux crocodiles au bord de la route, puis les iguanes colorés lors de la planque de l’acolyte de Big Fate, et l’iguane qui vient ramper près de l’Italien mort, son âme dansante ayant été abattue sur ordre de Terence et, enfin, le plan final de Terence et Sanchez contemplant les poissons petits et gros de l’aquarium. Chacune de ces six séquences est filmée avec un soin particulier par Herzog qui s’est crédité lui-même du filmage des « footage iguanes/alligators » dans le générique. Le premier et le dernier plans sont consacrés à ces animaux aquatiques, ce qui suffirait amplement à leur laisser le droit d’incarner le sens du film. La lecture du poème par Terence, alors qu’il tient le verre d’eau, est suivie d’un insert sur ce verre ou s’ébat le magnifique poisson coloré sur le thème musical élégiaque du film. […] Ces superbes séquences disent toutes l’existence d’un monde original archaïque parallèle au monde réel que Terence sait inaccessible. […] Ainsi Terence plonge-t-il initialement dans l’eau sans raison mais comme avec la volonté de ne pas en rester dans le monde terrestre raisonnable. Cette plongée archaïque quasi reptilienne dans un monde pour lequel il n’est pas fait aboutira à son mal de dos qui viendra, toujours lancinant, lui rappeler qu’il reste un étranger exilé sur la terre.

Nicolas Cage est en conflit permanent avec le monde comme il l’est avec les grand-mères, et son salut passe effectivement par un retour vers une forme de vie plus simple, qui s’impose à lui comme le fait l’apparition des iguanes. La conclusion de ce mouvement du film est amenée par une série d’annonces positives qui évacuent d’un coup tous les enjeux dramatiques : le procès est abandonné, une pièce à conviction est trouvée, le pari sportif est gagné contre toute attente. Moment de résolution qui annule l’importance que le polar accorde au scénario au profit de ce retour en force du primitif, auquel l’ouragan Katrina donne un théâtre en Nouvelle-Orléans.

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