Bad lieutenant

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Bad Lieutenant (États-Unis, 1992), un film de Abel Ferrara avec Harvey Keitel, Frankie Thorn et Victor Argo. Durée : 1h38. Reprise France : 17 mars 2010. Produit par Bad Lt. Productions et distribué par Pyramide.

Vu un peu par erreur (je cherchais celui de 2009 d’Herzog), Bad Lieutenant est une vraie réussite. Le scénario et la mise en scène ont quelque chose de la pesanteur et la simplicité d’un film comme Seven : le traitement de la religion est mal dégrossi dans les deux cas. Le film se passe à New-York, où un « bad cop » fait sa rédemption suite au viol d’une bonne soeur dans une église, passant son temps entre des rails de coke, des paris sportifs qui le ruinent et des moments d’auto-apitoiement (de l’enquête même on ne voit presque rien). La force du film réside moins dans ce pitch que dans le style génial de Ferrara, porté par Harvey Keitel « plus vrai que nature », au sens propre puisque les drogues et l’alcool qu’il s’envoient sont tous authentiques – et ça va jusqu’à l’injection d’héroïne dans un salon avec Zoë Lund (qui est réellement morte d’overdose cinq ans plus tard). Wikipédia explique même que la scène finale du meurtre a été tournée en pleine rue sans prévenir les passants autour, dont l’étonnement est donc réel.

Ferrara est un habitué de la défonce, et c’est assez rafraîchissant de voir avec ses yeux la déchéance d’un homme qui perd pied lentement sans que personne ne puisse le repêcher, ça change d’un traitement moralisateur ou spectaculaire à la Requiem for a dream. Keitel est un homme fatigué par la vie plus que par les produits qu’il prend, et même les scènes qui mettent le plus mal à l’aise (comme celle où il se masturbe devant deux jeunes filles en voiture en les menaçant de les conduire au poste) sont toujours prise dans une profonde mélancolie. La chanson Pledging my love, qui revient deux ou trois fois, l’accompagne bien.

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