Bande de filles

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Bande de filles (France, 2014), un film de Céline Sciamma avec Karidja Touré, Assa Sylla et Lindsay Karamoh. Durée : 1h48. Sortie le 22 octobre 2014, distribué par Pyramide.

Titre trompeur pour un film centré en fait sur un seul personnage, Bande de filles réussit le pari de filmer sans trop de maladresse un archétype de « groupe de jeunes des banlieues ». Le parti pris est ici de choisir de montrer des filles, comme pour éviter d’emblée l’impasse de la violence urbaine comme sujet central et les images de groupes de mec façon clip de Romain Gavras, et mieux revenir sur le sujet cher à Céline Sciamma de la contrainte des normes sociales montrée à l’oeuvre. Ici le point de vue est centré sur une jeune fille qui va traverser trois âges (marqués de manière un peu malhabile par des passages au noir de plusieurs secondes, avec la – mauvaise – musique de Para One en fond sonore), avec une montée graduelle de la violence. Pour autant la vraie nature du personnage est celui de l’ouverture, le stade de la « bolosse » comme le dira Karidja Touré elle-même pendant la séance de questions-réponses, c’est-à-dire le portrait de jeune fille sérieuse qui cherche à s’en sortir, et ne trouve que des portes closes sur son chemin. Poussée donc avant tout par les circonstances dans les bras d’un groupe de filles, puis dans ceux du dealer local, l’héroïne est réduite au statut d’emblème qui subit tout : un frère absent, un père violent, le système scolaire qui veut la fourguer dans un CAP. La tentation est forte d’y voir un discours politique un peu déresponsabilisant, et on entend déjà venir les excités de droite crier au laxisme comme ils avaient crié à la confusion des genres dans Tomboy.

Le film est quand même porté par quelques très bonnes scènes, notamment par le quasi-clip dans la chambre d’hôtel ou l’épisode du mini-golfe, et par des dialogues qui ne cherchent pas à en faire trop. Mais dans l’ensemble on sent quand même une application de bonne élève dans la construction, impression renforcée ensuite par la manière dont la réalisatrice répondait aux question : l’habitude de tout formuler en problématiques revenait sans cesse ; elle dira à un moment qu’on ne peut pas parler d’une banlieue mais de banlieues au pluriel évidemment, et à une remarque d’un responsable d’orientation en lycée dont l’expérience collait avec ce que décrit le film : « voilà, je m’appuie sur le réel, après est-ce que je ne dois filmer que le réel ? ». Mais à chaque re-formulation de ce type la question restait un peu en suspens et ne produisait rien de spécial ; juste un tic amusant donc, et un film à la lecture un peu linéaire, dont les ambitions se déroulent sans accrocs.

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