Birdman

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Birdman (États-Unis, 2014), un film d’Alejandro González Iñárritu avec Michael Keaton, Zach Galifianakis et Edward Norton. Durée : 1h59. Sortie France : 25 février 2015. Produit par New Regency Pictures et distribué par Twentieth Century Fox France.

Birdman est un objet très étrange. N’ayant rien vu d’Iñárritu avant ça je ne m’attendais logiquement à rien. D’emblée le film écrase par son casting : Michael Keaton, grand spécialiste des rôles de super-héros (du temps où ça avait encore un peu de panache, comme dans le Batman de 1989), joue précisément le rôle d’un acteur de blockbusters sur le retour ; Emma Stone joue sa fille qui sort de désintox ; Edward Norton (Fight Club) joue son partenaire de scène excentrique ; Zach Galifianakis (Very Bad Trip, mais aussi les délicieux sketchs Between two ferns) joue son manager / agent constamment au bord de la crise de nerf ; enfin Amy Ryan (un petit rôle de The Office version US) joue son ex-femme. Avec un bazar pareil difficile de faire quelque chose de complètement nul, mais difficile aussi de donner à chacun l’espace qu’il faudrait.

Birdman semble tout entier concentré sur ce défi, car la caméra fait ici preuve d’une virtuosité extrême. Même si elle reste la plupart du temps fixée sur le visage fascinant de Michael Keaton, elle mène ensuite la danse en se baladant dans tous les coins et recoins d’un théâtre de Broadway où l’ex-star du ciné essaye de se refaire une carrière. On passe en permanence d’une action à l’autre, c’est visuellement très lourd et ça déborde d’effet, au point que l’action ne parvienne jamais à se focaliser plus de quelques dizaines de secondes sur un même objet ou une même scène : un scandale éclate et on a pas même le temps d’en voir les répercussions, il est immédiatement annulé par le comédien qui se barre, puis parle d’autre chose. Ce pari de la fresque totale et du film qui tient tout entier dans un plan séquence semble fasciner tout le monde, mais j’ai du mal à comprendre pourquoi. Comme le souligne Jean-Michel Frodon sur Slate :

Tout le principe de Birdman repose sur des oppositions binaires: le réel versus le spectacle, la conscience versus l’inconscient, l’art versus le showbiz. Toute l’habileté d’Iñarritu consiste à les enchevêtrer assez rapidement pour donner un sentiment de complexité (alors que tout ça est plutôt simpliste), et leur conférer une efficacité spectaculaire en exagérant constamment les situations, et le jeu de ses interprètes, tous requis d’en faire en permanence des tonnes –et qui ne se font pas prier, mimiques et excès garantis.

Le fond de l’histoire, la folie du système hollywoodien qui hante l’acteur (sous la forme de son ancien costume de héros-oiseau), est en effet plutôt plate par rapport aux moyens mis en oeuvre. Le film dégage donc globalement l’impression de donner dans l’esbroufe, et on se plaît à penser que c’est probablement à ça qu’il doit son avalanche d’oscars (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario, meilleure photo).

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