Blow Out

Blow Out (États-Unis, 1982), un film de Brian de Palma avec John Travolta, Nancy Allen et John Lithgow. Durée : 1h47. Reprise France : 22 juin 2016. Produit par Cinema 77 et distribué par Mission.

Très bon De Palma focalisé sur le sujet du son, du détail sonore le plus infime, avec la même maniaquerie pointilleuse qu’Antonioni dans Blow Up, où du détail d’une photographie surgissait toute entière une histoire dans l’histoire. Cette contamination du cinéma par lui-même donne au film cette force de fascination que l’on trouve souvent chez De Palma et qui séduit en dépit de ses limites, que décrit bien Matthieu Santelli pour Critikat :

Si De Palma a su initier bon nombre de cinéphiles au plaisir du découpage, à la joie de la réalisation survoltée, à la jouissance de la mise en scène alambiquée, c’est parce que son désir de filmer, fort en références obsessionnelles en tout genre (Hitchcock bien sûr, Eisenstein mais aussi Antonioni ici) a toujours dépassé le théorique et la nostalgie, s’est toujours tourné vers l’avenir du cinéma sans s’éloigner des scénarios classiques des films de genre. Avec lui, on s’est surpris à intellectualiser les histoires les plus bancales. Ses plus beaux films sont ceux qui frôlent le nanar, qui se vautrent dans le mauvais goût qui les sauve de l’académisme et du didactisme (comme la scène très réussie du meurtre dans les toilettes de la gare de Philadelphie). Mais ses thématiques, à la longue, lassent. Le voyeurisme du spectateur doublé de celui du personnage et de celui du cinéaste, le pouvoir des images, leur capacité à mentir ou à faire jaillir la vérité, le cinéma comme rapport au monde sont des questions qui n’ont plus grand intérêt, stériles, vaines, parce que dans les années 1980, le cinéma maniériste se nourrissant de lui-même semblait une solution pour le revigorer mais aujourd’hui, trente ans plus tard, tout cela renvoie la cinéphilie à son propre autisme et à sa complaisance devant les formes cinématographiques qui ne dessinent rien d’autre que le vide qui les habite. Parce qu’enfin le cinéma ne peut faire de lui son seul objet sans faire du surplace, il risque la noyade – en emportant les cinéphiles avec lui (qui pataugent déjà bien). Un art anthropophage est un art sinistré.

On pourrait gloser des heures sur l’ouverture en vue subjective façon film dans le film, sur le cri postsynchronisé par celui que pousse Nancy Allen avant de mourir, sur le rapport fiction/réalité auquel s’ajoute le traumatisme politique américain des années 1970, bref, sur toutes les pistes malicieuses que lance le film. Mais à quoi cela nous avancerait-il dans le fond, si ce n’est à commenter l’habileté d’un réalisateur à maintenir haut son statut d’auteur (chose pour laquelle De Palma excelle bien plus que Spielberg) et tout cela, il faut bien l’admettre, au détriment de l’attachement pour les personnages, d’un authentique rapport entre eux autre que schématique, du jeu plutôt approximatif de Travolta, d’un pessimisme et d’un cynisme finaux qui paraissent un peu trop fabriqués pour être honnêtes.

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