Bonjour tristesse

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Bonjour tristesse (États-Unis, 1958), un film d’Otto Preminger avec Jean Seberg, David Niven et Deborah Kerr. Durée : 1h34. Reprise France : 2 novembre 2011. Produit par Wheel Productions et distribué par Columbia.

N’ayant pas lu le livre-phénomène de Françoise Sagan, je suis bien incapable de dire dans quelle mesure le film est fidèle à sa source. On suit Cécile, adolescente « de la haute » jouée par la très belle Jean Seberg, qui vit avec son père qui enchaîne les soirées et les conquêtes sans beaucoup de fidélité. Il finit cependant par trouver Anne, une compagne plus rangée qui prend en main sa vie et celle de sa fille, alors que cette dernière ne rêve que de vacances et de fêtes, et perçoit sa présence comme une menace pesant sur sa relation ambiguë à son père.

Comme le souligne Jacques Lourcelles dans son « Dictionnaire des films » (collection Bouquins, éditions Robert Laffont), Bonjour tristesse est à cheval entre les deux périodes de la carrière de Preminger, les films noirs hollywoodiens, centrés sur des études psychologiques – et souvent féminines – très subtiles, et les grandes fresques internationales sur des sujets historiques ou politiques. Bonjour tristesse est le seul film de Preminger qui utilise la forme de ces dernières (Cinémascope et Technicolor) pour raconter une histoire infiniment intime, dénuée de spectaculaire, autour d’une relation père fille et des émois amoureux d’une jeune adolescente de la bourgeoisie française, d’après le célèbre premier roman de Françoise Sagan. Modèle d’adaptation, le film est fidèle à l’esprit, sinon à la lettre du livre, mais réussit à lui donner une forme plus cinématographique, grâce au génie de la mise en scène de Preminger. Bonjour tristesse est raconté en flash-back, et les images de Paris en noir et blanc du début contrastent avec les couleurs rayonnantes de la Méditerranée, dans les souvenirs de la jeune Cécile, vieillie prématurément par les événements décrits par le film.

La beauté plastique du film, sa modernité, sa picturalité (influence discrète de Matisse) frappent toujours le spectateur et Le Mépris de Godard – omniprésence de la mer, accident de voiture – ne serait sans doute pas le même si le cinéaste n’avait pas autant admiré Preminger. Jean Seberg, pour la deuxième fois devant la caméra du cinéaste, apporte la confirmation que Preminger était un Pygmalion génial et un immense directeur d’actrices. Malgré les nombreuses jeunes débutantes qui apparaîtront dans les films de Preminger de la fin des années 50 et des années 60, Jean Seberg demeurera sa plus importante et remarquable découverte. — Olivier Père, Arte

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