Boucle Piqué

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Boucle Piqué (France, 2014), un film documentaire de Lila Pinelle et Chloé Mahieu. Durée : 38mn. Produit et distribué par Capricci Films.

Un moyen-métrage intéressant qui suit de près un groupe de pré-ados, surtout des filles, qui s’entraînent jours et nuit au patinage artistique sous l’oeil vigilant d’un prof-coach, Xavier, maniaque du contrôle qui ne cesse de les engueuler pour les pousser à donner le meilleur d’elles-mêmes. Le regard et les intentions des deux réalisatrices sont assez proches de ce que fait Céline Sciamma dans La naissance des pieuvres ; le parallèle est d’ailleurs difficile à ne pas faire tant les sujets se ressemblent et tant son proches les esthétiques criardes du patinage et de la natation synchronisée. Pourtant Boucle Piqué a ceci d’intéressant que c’est un pur documentaire, qui laisse un peu de côté la partie « passage à l’âge adulte » pour se concentrer sur les effets de groupe. Trois scènes en particulier se dégagent : la première sur la patinoire, où une gamine toute frêle recommence une dizaine de fois la même pirouette, se casse à chaque fois la figure au point d’avoir la jambe bleue et glacée en se faisant engueuler, mais ne lâche rien. La deuxième est son pendant négatif, une scène de dialogue en huis clos où le coatch essaye de pousser une des filles à s’acharner malgré les échecs. L’élève n’en peut plus, craque et dit vouloir retourner chez sa famille « [qu’elle] ne voit plus ». Un peu plus tard on la retrouve sur la patinoire, qui fait une série assez réussie avant de s’avachir encore une fois sur la glace. Enfin un dernier passage montre le groupe des filles en train de se moquer d’une des leur, d’abord en rigolant puis en lui piquant des affaires. La fille se fait agripper, presque mettre à poil, par ses propres copines qui se révèlent dans toute leur cruauté. Le processus de victimisation est mis au jour dans toute son horreur ; ça va crescendo et c’est horriblement réussi, ça s’achève sur la fille en pleur dont le groupe se moque encore un peu tout en prenant conscience qu’il est allé un peu trop loin. On se demande comment ont pu être saisies des scènes comme celles-ci ; dans une interview les réalisatrices expliquent que les sujets étaient tellement dans leur monde qu’ils ne se rendaient quasi pas compte de la situation, qu’ils manquaient totalement de recul. C’est en tout cas une belle réussite, ces moments charnières ponctuent un récit certes un peu long mais qui dresse le portrait inquiétant et fin d’un univers cloisonné, centré sur la recherche de la perfection, sans pour autant se perdre dans des analogies trop lourdes entre sport et puberté.

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