Bovines

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Bovines, ou la vraie vie des vaches (France, 2012), un film documentaire d’Emmanuel Gras. Durée : 1h04. Sortie en France : 22 février 2012. Distribué par Happiness Distribution.

Après Bullhead, un autre film sur les vaches – et rien qu’elles, cette fois-ci. Bovines fait le choix intéressant de se mettre à leur hauteur, de changer d’échelle et de se caler sur leur tempo lent que rien ou presque ne vient perturber. Des vaches elles-mêmes on retiendra donc, dans l’ordre : la mastication, la sieste, la démarche bancale et lourde, la respiration lente et profonde, la digestion. Mais aussi : l’orage, le passage d’un sac plastique, la naissance d’un veau et autres moments anodins qui font l’objet d’autant de scénettes très bien arrangées. Rien d’extraordinaire évidemment, et le risque évident est toujours de tomber dans ce travers citadin du regard attendri et charmé, voire franchement rigolard et compatissant, porté sur la campagne comme objet de regrets éternel et de passéisme douteux.

Il faut dire aussi que l’on fait peu d’animaux aussi sympathiques et attachants qu’une grosse Charolaise au poil blanc et soyeux. Bovines consiste en une série de plans parfaitement ajustés, de profils d’une beauté insoupçonnés, de plans séquences sur des plaines vertes à plaisir qui s’offrent comme un infini métaphysique à ces compagnes paisibles que l’on prend enfin le temps de regarder d’un autre endroit qu’une fenêtre de train. Et l’effet est terriblement efficace : plus le film progresse et plus on en vient à contempler ces animaux comme des entités à part entières, mues par une volonté propre (les séquences sur la séparation des mères et de leurs veaux, ou celle où l’on arrache une des vaches du troupeau, sont pleines d’émotion) et capables d’une beauté qui leur est propre, celle d’un animal fondu dans son élément, agile et subtil à sa manière (le plan avec le pommier – hilarant par ailleurs – nous révèle que la langue des vaches est aussi adroite que la main d’un singe), dédié entièrement à son existence et auto-suffisant. Le film d’Emmanuel Gras fait des humains les intrus, et des vaches les sujets à part entière, par leur instinct grégaire et leur « gueule » indescriptible, celle d’animaux dont le poids, l’envergure même nous toise et nous dépassera toujours.

Apprécier Bovines requiert bien sûr une bonne dose d’anthropomorphisme décomplexé, mais force est de constater que le pari est tenu – celui de « tenir » une heure sur les vaches, de condenser en une heure un an de leur vie, de leurs souffrances et de leur menus plaisirs, le détail de leur naseaux et la tendre quiétude qui émane de leur grands corps difformes.

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