Bullhead

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Bullhead (Belgique, 2011), un film de Michaël R. Roskam, avec Matthias Schoenaerts, Jeroen Perceval et Jeanne Dandoy. Durée : 2h04. Sortie en France : 22 février 2012. Distribué par Kinepolis.

Une surprise de taille pour ce film passé quasiment inaperçu, et dont l’affiche trahit la profondeur et la portée. Portrait d’une Flandre profonde et lourde, silencieuse et violente, Bullhead réalise une immersion poignante dans le milieu peu engageant de la mafia des hormones animales. Jacky Vanmarsenille est héritier mais aussi et surtout acteur de ces marchandages juteux où l’on « aide la nature » à faire des vaches 10 ou 20% plus grasses, à un double titre : traumatisé dans son enfance (y compris physiquement, dans une scène bouleversante de violence) par son voisin à l’air dégénéré qui lui brise les testicules, il est condamné à se bourrer d’hormones.

« Tête de bœuf » bardée à son tour de testostérone, gonflé jusqu’à l’agonie comme les bêtes dont il a la garde, il s’enferme toujours plus dans un mutisme animal dont rien ni personne ne semble pouvoir l’extraire, pas même son ami témoin du crime et qui refuse de témoigner. Tandis qu’une enquête de police suite au meurtre d’un enquêteur, trame de fond du récit, resserre l’étau autour du groupe de vétérinaires corrompus et de dealers français à la petite semaine qui travaille avec la famille Vanmarsenille, Jacky reste lucide sur sa condition et tente de freiner la descente aux enfers de ses proches. Mais sa propre frustration, celle-là même à laquelle le personnage de Diederik doit aussi faire face lorsqu’il faut refouler son homosexualité, finit fatalement par prendre le dessus ; imbibé d’hormones, l’éleveur accomplit les basses besognes et frappe quand il le faut, cogne sur un coup de tête, agresse le premier pour ne pas avoir à connaître la moindre raillerie. Derrière la difformité musculaire, l’absurdité physiologique du corps boursouflé de muscles, on devine surtout la souffrance énorme emmagasinée par cet homme qui ne cherche qu’une occasion pour s’échapper de lui-même. De l’image classique de film abrupt et sombre finit par se dégager une impression de tristesse immense, une compassion totale pour celui que Matthias Schoenaerts sert de son jeu exceptionnel, et dont il donne à voir avec brio les barrières sociales et mentales indépassables.

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