Citizenfour

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Citizenfour (États-Unis, 2015), un film documentaire de Laura Poitras avec Glenn Greenwald, Kevin Bankston et Edward Snowden. Durée : 1h54. Sortie France : 4 mars 2015. Produit par Channel 4 et distribué par Haut et Court.

Sans être un film génial, Citizenfour est une occasion unique d’assister à la préparation d’un événement à la portée médiatique immense, en direct de la chambre d’hôtel qu’on a tous vu faire la une des sites et chaînes d’infos. Mais comme d’habitude on ne peut que constater que les enjeux liées au numérique sont très difficiles à rendre tangibles à l’écran. Poitras s’y colle tant bien que mal en faisant défiler des clés GDP à l’écran façon Matrix, mais ça ne nous dit rien de spécial et ça ne crée pas d’enjeu dramatique. Les passages sur Snowden seul, qui regarde quelqu’un hors-champ ou la ville derrière un rideau, ou plus tard perdu dans la nuit russe avec sa copine dans une maison en bois, marchent déjà mieux que cette partie « Envoyé spécial » qui essaye maladroitement de capter des discussions éclairantes, dans des conférences américaines ou dans les bureaux du parlement européen, sans se confronter frontalement aux questions que pose la surveillance sur la vie privée (ce qu’a fait Glenn Greenwald beaucoup mieux et plus succinctement dans une conférence TED). Louis Blanchot a raison de souligner que la principale vertu du film est en fait de nous intéresser à Snowden et à la forme si particulière de courage et d’abnégation que traduisent ses actes :

Une figure qui s’incarne ensuite par une chaise vide, bientôt occupée par un corps gringalet au faciès gentillet, érigé par la force des choses en tête de gondole du cyber-militantisme. En deux-trois entretiens techniques et chaleureux, le film dessine le croquis d’un visage de Janus, tiraillé entre l’angoisse de tout perdre et la certitude de s’être affranchi du pire. Ce que capte en creux Laura Poitras, c’est l’ébranlement intérieur d’un individu et la naissance maladroite d’un héros, quand l’intéressé comprend sans avoir eu le temps de se préparer que son combat pour la vie privée exigera de lui qu’il sacrifie totalement la sienne. Ce storytelling presque mannien (on pense constamment à Révélations), où un homme se condamne à la disparition pour mieux agir, prendra d’ailleurs la réalisatrice de vitesse puisque, malgré la minutie incroyable avec laquelle il planifie son entreprise de divulgation, Snowden devra fuir peu de temps après l’allumage des premières mèches. […] Il est là, en vérité, le beau sujet de Citizenfour : comment l’Amérique du Patriot Act ingurgite ses héros, pour en recracher des fantômes.

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