Comme des lions de pierre à l’entrée de la nuit

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Comme des lions de pierre à l’entrée de la nuit (France, Grèce, Suisse, 2012), un film d’Olivier Zuchuat. Durée : 1h27. Produit et distribué par Prince Films.

Entre 1947 et 1950, plus de 80 000 Grecs ont été internés sur la petite île de Makronissos dans des camps de rééducation destinés à combattre le communisme. Dans le contexte de la guerre froide et de la prise du pouvoir à Athènes par les militaires, les libérateurs anglais et américains encourageaient les nationalistes à « casser du communiste ». Une entreprise de lavage de cerveau surnommée la « décolorisation ». Des textes de rééducation étaient diffusés en quasi-permanence par les haut-parleurs. Les nationalistes s’y affirmaient comme les « vainqueurs », dénonçant les « vaincus, un résidu de tonneau de sardines, la vermine antihellénique ». La propagande présentait cet internement massif comme un « sanatorium national ». Des photographies ou des films dans un style néoclassique typique y furent réalisés, diffusés par le gouvernement grec tels des témoignages sur un « laboratoire de nationalisation » assurant le « retour de la population déviante vers le berceau d’une Grèce éternelle ». Parmi les internés ont figuré un certain nombre de poètes, comme Yannis Ritsos, Tassos Livaditis, Menelaos Loudemis, souvent les plus « irréductibles », ceux qui refusaient de signer une déclaration de repentance au communisme – « puisque je suis redevenu un jeune nationaliste grec, je condamne avec dégoût toutes les organisations bulgaro-communistes… » – et se retrouvaient isolés, subissant dans des « quartiers barbelés » des tortures tant psychologiques que physiques. — L’Histoire

Disponible gratuitement sur le site de Doc Alliance (mais je ne sais pas jusqu’à quand), un documentaire intéressant mais vraiment trop long pour le contenu qu’il transmet, et pesant sur la forme. Olivier Zuchuat a choisi de poser sa caméra au milieu des ruines des camps et d’alterner les images d’archives avec d’interminables travellings. Il s’attarde sur le vent incessant qui balaye les îles où les prisonniers se faisaient torturer, et passe en fond sonore les phrases absurdes que les bourreaux répétaient à leurs victimes dans des haut-parleurs. Ensuite des plans sur la nuit laissent la place à des voix monotones qui lisent les textes écrits par les prisonniers. Les textes sont graves et lancinants, un des textes répète une bonne vingtaine de fois « A, B, C » en grec, les lettres qui désignent les différents camps (femmes, prisonniers politiques, etc.). Au final un cas particulier de long qui mériterait d’être un court, ou tout simplement de se plier davantage aux canons du documentaire télévisé.

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