Dernier train pour Busan

Train to busan

Busanhaeng (Corée du Sud, 2016), un film de Sang-Ho Yeon avec Gong Yoo, Kim Soo-Ahn et Yu-mi Jeong. Durée : 1h58. Produit par Red Peter Films et distribué par ARP Sélection.

Une femme contaminée saute dans le train à la fermeture des portes et ne tarde pas à transformer une bonne partie des passagers en horde de zombies agressifs. Le train, c’est alors l’emballement de la machine cinéma lancée à grande vitesse, incapable de s’arrêter sous peine d’implosion. Sans foncièrement renouveler le genre post-apocalyptique dans lequel il s’inscrit, le film enchaîne à toute allure les trouvailles plastiques et les idées ingénieuses de mise en scène. A commencer par les postures disloquées des zombies, dont la percussion et la vélocité créent au petit groupe de survivants disséminés des problèmes de géométrie dans l’espace. Comment faire barrage aux créatures ? Comment les esquiver ou se frayer un chemin entre elles ? Comment passer d’un wagon à l’autre pour rejoindre ses congénères ? Comment s’arracher à la directivité des trajectoires ? Yeon Sang-ho fait feu de tout bois : scène après scène, il installe une série de règles ludiques qui régissent la survie des personnages et démultiplient les enjeux. Mais le train, c’est aussi une image fantasmatique de la société coréenne en marche, propulsée à travers son histoire. Dans l’affrontement entre humains et zombies, on peut voir une résurgence du conflit fratricide que fut la guerre de Corée – le film prend d’ailleurs une résonance particulière quand on sait que c’est à Busan que furent acculées, en septembre 1950, les forces du Sud, à la suite des premiers assauts des communistes. Sous les traits purulents du zombie, on reconnaît de loin le visage d’un parent, d’un ami, d’un amant, qui aurait changé de bord, qui vivrait « de l’autre côté » d’une frontière imaginaire. A ce titre, le virus agit comme une dissolution de l’individualité, à la faveur d’un comportement grégaire et massifié, celui d’un peuple-zombie – en quoi l’on peut reconnaître la tyrannie nord-coréenne, passée au filtre de l’horreur. Les images les plus marquantes sont celles où les morts-vivants ne forment plus qu’un seul corps, en gerbes, comme le refoulé d’une histoire qui semble charrier ses flots de cadavres à la surface. — Le Monde
Un film très réussi malgré des personnages un peu bâclés (la fable sur le trader responsable de la catastrophe mais que la crise va révéler à lui-même). La mise en scène ne se laisse pas enfermer dans le huis clos, et sort régulièrement au grand air pour s’offrir quelques morceaux de bravoure : l’entassement des zombies qui s’accrochent à la queue du train, la chute d’une grappe depuis la passerelle de la gare…

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