Elena

elena

Elena (Russie, 2012), un film de Andrey Zviaguintsev avec Nadezhda Markina, Andrei Smirnov et Elena Lyadova. Durée : 1h49. Sortie le 7 mars 2012, distribué par Pyramide.

Le nom typique de la babouchka (grand-mère) suffirait presque à définir le personne d’Elena, épaisse femme au foyer d’une ville quelconque de Russie, dévouée entièrement à son oligarque de mari et à sa famille proche, et tiraillée entre ces deux exigences parallèles de soumission et de dévouement. Le film s’ouvre très lentement sur un large plan séquence : une cour, puis l’intérieur désert de l’appartement, enfin le lit dont émerge le corps fatigué et engourdi d’Elena, avec une lenteur obstinée et muette. Elle vit dans un appartement cossu et bien meublé avec un mari plus âgé qu’elle, rencontré à l’hôpital où elle travaillait comme infirmière ; son mode de vie contraste durement avec celui de son fils d’un premier mariage, père médiocre dans un foyer assez pauvre, logé dans une barre d’immeuble où il crache, fume, joue aux jeux vidéos de son fils. En parallèle, la fille du mari d’Elena est insoumise et provocatrice, elle traitera la maladie de son père comme une blague – pour mieux occulter la souffrance qu’elle y trouve. C’est sur cette relation aux enfants de l’autre que se jouera la tension au sein du couple, comme moyen contourné d’aborder les différences sociales et économiques qui déchirent le couple et dans le même temps fonde sa seule unité.

À travers la fortune personnelle du mari décidé à ne pas venir en aide à la famille de son épouse, le refus de financer les pots de vins nécessaires pour que le petit fils ne fasse pas son service militaire, chaque plan et chaque conversation (elles sont rares) rappelle à Elena sa situation d’infériorité. Mais cette dernière ne perd jamais le droit fil qui constitue la stabilité et le but unique de sa vie : assouvir un plaisir simple de grand-mère, celui d’être entourée d’une famille unie. Pour passer du temps dans ces pièces laides et sans âmes remplies du babillage stérile de la télévision, mais où réside toute la vie qu’elle recherche, pour oublier toute la solitude qui envahit ses journées de femme modèle, elle passe outre les liasses apportées à sa famille, outre le meurtre presque anodin et parfaitement exécuté, outre les trajets interminables vers la banlieue grise. Pour prendre dans ses bras le bébé (encore un), elle fait le choix d’une sorte de lutte des classes en forme de résistance silencieuse et quotidienne, une lutte de corps sociaux (le couple contre la famille) qui s’achève sans tragédie dans l’immobilité d’un appartement cossu, où un bébé gambade en bavant sur le lit du défunt.

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