En quatrième vitesse

kiss-me-deadly

Kiss Me Deadly (États-Unis, 1955), un film de Robert Aldrich avec Ralph Meeker, Maxine Cooper et Albert Dekker. Durée : 1h46. Reprise France : 31 août 2016. Produit par Parklane Pictures et distribué par Ciné Sorbonne.

Emprunt de l’angoisse de la guerre froide, En quatrième vitesse développe une intrigue passablement compliquée qui ne cesse de tourner autour de l’objet mystérieux, le « MacGuffin » que l’on ne voit qu’à la fin, mais dont on comprend vite qu’il s’agit de la bombe atomique ou d’un de ses composants. Autour de ça Aldrich construit un univers fait de règlements de comptes brutaux et de couteaux dans le dos à tous les étages.

Refusant la psychologie des personnages souvent corrompue par la psychanalyse à cette époque, En quatrième vitesse propose un monde primitif et poétique en même temps, loin des déterminations humaines habituelles. La stylisation plastique et symbolique est remplacée, notamment par la grâce de la photographie d’Ernest Laszlo, par une plongée dans un Los Angeles saisi parfois « au naturel ». Les « vrais » lieux, Bunker Hill, Malibu Beach, Sunset Boulevard remplacent l’artifice du tournage en studio. Cette volonté de mêler réalisme et emphase baroque est mise, idéalement, au service d’un récit apocalyptique. En quatrième vitesse est un film noir qui pousse la logique de la noirceur jusqu’à la destruction ultime. Certes, En quatrième vitesse est d’abord le récit d’un itinéraire moral. Celui d’un détective privé, Mike Hammer, incarné par Ralph Meeker, cynique et manipulateur, qu’une série d’épreuves va, in fine, humaniser. Ce parcours individuel a souvent été présenté par Aldrich comme l’élément principal d’une métaphore politique plus large s’attaquant à l’idée que la fin justifierait les moyens. On a souvent séparé le film du roman de Mickey Spillane dont il est l’adaptation. D’abord parce que le cinéaste a déclaré n’en avoir conservé que le titre et rejeté tout le reste avec l’aide de son scénariste A.I. Bezzerides. Ensuite parce que la mauvaise réputation des livres de Spillane, dans lesquels toutes les conventions et les figures du roman noir sont réduites à de grossières caricatures et les passions à de sommaires pulsions, a toujours poussé les commentateurs à le dissocier par principe du film. En quatrième vitesse ne serait pas pourtant l’impressionnant et angoissant chef-d’œuvre qu’il est s’il n’avait pas retenu de l’œuvre d’origine une certaine bestialité dans la violence (on y tue souvent à mains nues) et dans les rapports hommes-femmes. Une bestialité alliée à un certain raffinement dans les dialogues qui énoncent parfois que ce qui est en jeu (la quête d’une mystérieuse valise contenant une bombe atomique) invoque la mythologie grecque – on y évoque la boîte de Pandore et Cerbère, gardien des enfers. — Jean-François Rauger, Le Monde

Laisser un commentaire