Everybody wants some

Everybody wants some

Everybody Wants Some (États-Unis, 2016), un film de Richard Linklater avec Blake Jenner, Ryan Guzman et Tyler Hoechlin. Durée : 1h57. Produit par Annapurna Pictures et distribué par Metropolitan Filmexport.

Une maison en bois peuplée de jeunes gens bâtis comme des dieux grecs, moulés dans des shorts et tee-shirts ajustés à leur belle musculature, la bouche coiffée d’une moustache bien taillée. C’est la résidence de l’équipe de base-ball de la fac texane où débarque Jake (Blake Jenner) avec sa valise et sa caisse de vinyles, à deux jours de la rentrée universitaire. Une petite usine à testostérone où les vannes claquent comme des balles de ping-pong, où l’esprit de corps prend la forme d’une compétition féroce à tous les niveaux de l’existence : sport, drague, amitié. On se déplace en meute, entassés dans une belle Dodge bleu métal toutes fenêtres ouvertes, l’autoradio crachant à plein volume des tubes de Blondie, des Cars, de Foreigner. On repère les lieux, on alpague les filles en fleurs aux jambes interminables qui renvoient en revers de volée des reparties d’intellectuelles au caractère bien trempé. On pourrait être dans un clip de Wham ! ou une publicité pour ­after-shave des années 1980. On est dans le souvenir idéalisé que ­Richard Linklater se fait de ce temps suspendu qui précède le ­début des années campus, période pleine de promesses et de liberté pendant laquelle les étudiants américains, arrachés au cocon ­familial et pas encore soumis aux astreintes de la vie d’adulte, sont rendus entièrement disponibles à leurs désirs et à l’invention de soi. – Isabelle Regnier, Le Monde

Linklater s’abandonne complètement à sa nostalgie de la jeunesse américaine des années 80, qu’il représente comme un pur fantasme de papier glacé, avec des personnages dénués de profondeur et des situations qui ne vont nulle part. Everybody Wants Some n’est pas le portrait fidèle d’une génération, encore moins celui d’un individu à une époque de sa vie que Boyhood voulait accomplir jusqu’au bout, c’est plus probablement un condensé sans saveur de l’idée qu’une Amérique vieillissante se fait de ses années insouciantes. La méthode du cinéaste consiste à enchaîner les scènes attendues comme une série de perles (l’installation dans la maison, les premiers dates, la grande beuverie finale…) et de mêler la nervosité concurrentielle des campus américains à la douceur de son propre regard sur la jeunesse. C’est ce qu’illustre à lui seul le personnage du hippie attardé qui cache à tout le monde ses trente ans, ne souhaite rien tant que revivre ses années insouciantes à l’infini, et suspend le temps au rythme de sa consommation de weed dans sa chambre.

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