Faces

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Faces (États-Unis, 1968), un film de John Cassavetes avec John Marley, Gena Rowlands et Lynn Carlin. Durée : 2h09. Reprise France : 11 juillet 2012, produit par John Cassavetes et distribué par Orly Films.

Le film s’ouvre sur un mouvement, d’abord avec le bruit des pas sur les marches, ensuite avec une grande silhouette qui s’engouffre dans un bureau où l’attendent une nuée de secrétaires. On découvre John Marley en distributeur de film au sourire carnassier, homme marié mais qui fuit son propre couple. Faces, film qui porte bien son titre puisque les visages y dévorent l’image en permanence, est un portrait frontal de l’épuisement de ce duo névrosé. Une grande partie du film a été filmée la nuit, à huis clos dans un appartement, et plus spécialement dans un grand salon où les personnages s’agitent et tournent comme dans un bocal. Cassavetes y filme le basculement d’un couple, et des gens autour d’eux, dans l’hystérie de la rupture.

Dans une première scène Richard est avec un ami et Jeannie, une call-girl jouée par Gena Rowlands (femme de Cassavetes). Ils rient et s’énervent tour à tour contre tout ce qu’ils détestent : les jaloux, la classe moyenne, les amis. On retrouve le même montage nerveux que dans Shadows, qui obéit cette fois aux mouvements des acteurs, qui sont le centre et la matière du film. La caméra s’immisce partout, et semble ne vouloir laisser aucun aspect de la scène de côté. Les dialogues n’ont rien d’improvisé, et sont très intenses : Freddie demande par jalousie à Jeannie combien elle fait payer la soirée, et la scène vire en un instant à l’aigreur et au drame. Mais dans cette intensité Cassavetes ménage au montage un espace pour des temps morts : des moments d’alcoolisme où les personnages cherchent un peu leurs blagues, l’ambiance qui retombe quand Jeannie part aux toilettes un moment, puis la distance prudente de Marley qui esquive la confrontation avec son ami. Ici les acteurs et les dialogues prennent le pas sur la narration, il ne reste qu’une confrontation dont on ne parvient à saisir ni d’où elle provient ni vers où elle va.

Les choses fonctionnent de la même manière quand on voit, plus tard, Marley qui rejoint sa femme dans leur appartement : ils rigolent ensemble un moment, puis il demande sérieusement à divorcer. La conversation est laissée en plan, et chacun est déjà parti dans deux longues soirées parallèles, séparées linéairement l’une de l’autre, qui vont les mener lui dans les bras de Jeannie, elle dans ceux de Seymour Cassel rencontré dans un club de jazz. Le montage donne à voir la méthode de tournage : la caméra capture des scènes longues et denses, rejouées jusqu’à l’épuisement de l’énergie de chaque fragment de dialogue. La tentative de suicide de Lynn Carlin illustre magistralement ce processus à l’écran, qui débouche sur des images de son corps complètement flasque, couvert de larmes et de rimmel, qu’on ranime péniblement sans qu’il n’ait rien résolu de sa crise existentielle.

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