Félix et Meira

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Félix et Meira (Canada, 2015), un film de Maxime Giroux avec Hadas Yaron, Martin Dubreuil et Luzer Twersky. Durée : 1h45. Sortie France : 4 février 2015. Produit par Metafilms et distribué par Urban Distribution.

L’histoire se déroule dans le quartier de Mile End à Montréal, ancienne zone industrielle où la communauté polonaise était autrefois très présente (autour de l’église notamment), devenue aujourd’hui un quartier hipster / technophile (les bureaux d’Ubisoft y sont basés). Aujourd’hui s’y côtoient d’après Le Monde « Lesbiennes extraverties et juifs orthodoxes, vieux immigrés et primo-arrivants, antiquaires et hipsters », et au milieu se baladent Leonard Cohen et Xavier Dolan. La photographie du film est très belle, l’image a l’air un peu datée et donne parfois l’impression de voir le Montréal (et plus tard le New York) des années 70, sans pourtant en faire trop sur les effets vintage. La ressemblance entre les deux villes est d’ailleurs assez frappante :

Avec ses petites rues bien alignées où se dressent des maisons de deux étages, ses ruelles parsemées de jardinets, son atmosphère bohème, le Mile End a de faux airs du Village new-yorkais des glorieuses sixties, poussant la ressemblance jusqu’à avoir lui aussi une Little Italy comme voisine.

Félix et Meira suit l’histoire d’un couple de juifs hassidiques qui évoluent dans ce milieu en totale autarcie. Toute leur vie est centrée sur la religion et sur la gestion de la communauté : les hommes prient, les femmes repassent et fond des enfants à la chaîne. Meira, elle, n’en peut plus et rêve d’autre chose. Elle rencontre Félix, trentenaire désabusé et oisif qui vient de toucher un héritage. Ils se rencontrent au hasard d’un café, leurs échanges sont toujours a minima et beaucoup dans la suggestion, les dialogues ne s’encombrent pas de réalisme. Critikat :

Ainsi, une grande pudeur enrobe le film : pas d’envolée lyrique ni de déclaration passionnelle mais une délicatesse de ton permanente qui s’illustre jusque dans les lumières du rude hiver canadien, tour à tour ternes et diaphanes. Ces lumières ne sont pas sans rappeler les films new-yorkais et mélancoliques de James Gray. Le silence est de mise, une caresse est sensualité, les regards en disent long. Félix et Meira se parlent peu mais se comprennent vite. Ce mode de communication culminera dans une des plus belles scènes du film où les deux hommes de Meira se font face pour discuter de l’avenir de la femme qu’ils aiment. Le champ/contre-champ qui met en scène leur opposition cède la place à un plan d’ensemble où l’entente entre les deux hommes s’installe progressivement. Le destin de Meira est alors scellé dans un duel de regards.

La séquence de l’escapade à New York est aussi un beau moment de pudeur, avec deux scènes (dans un bar puis dans une chambre d’hôtel) où suffisent les lumières de la ville et la bande-son. Cette dernière tient d’ailleurs en cinq titres dont « After Laughter» de Wendy Rene déjà assez connu et qui a fait l’objet de plusieurs remixes (les autres sont : «Didn’t it Rain» de Sister Rosetta Tharpe, «Famous Blue Raincoat» de Leonard Cohen, «Cosi Veloce» de Jonathan Richman et «Yatliach» de Yirmiah Damen). Hadas Yaron est la vraie révélation du film, même si l’ensemble du trio s’en tire bien – y compris Luzer Twersky, dont le personnage est attachant. La fin est à l’image de la manière dont le film dépeint les relations : avec finesse, espoir mais réalisme.

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