Fidelio

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Fidelio, l’odyssée d’Alice (France, 2014), un film de Lucie Borleteau avec Ariane Labed, Melvil Poupaud et Anders Danielsen Lie. Durée : 1h37. Sortie France : 24 décembre 2014. Produit par Why Not et distribué par Pyramide.

Une nouvelle occasion de croiser Ariane Labed, qui jouait aussi dans le mauvais Une place sur la Terre avec Poelvoorde il y a deux ans, aux côtés de l’acteur d’Oslo, 31 août qui avait disparu des radars jusqu’ici. Ici Labed a enfin un premier rôle à sa mesure, car si le film a quelques lourdeurs par endroit il est globalement de bonne facture. Elle incarne une jeune femme second sur un bateau marchand qui va tomber dans les bras de son ancien capitaine (Melvil Poupaud) et par là remettre en cause la stabilité de son couple à terre avec un jeune dessinateur de bandes dessinées.

Les scènes de sexe sont nombreuses et libres, plutôt bien filmées ; elles sont surtout sans culpabilité, même quand elle retrouve son premier amour. La liberté du personnage paraît presque trop belle pour être vraie dans un milieu aussi masculin, où s’enchaînent les coups d’oeil intéressés et les démonstrations de virilité (soirées alcoolisés dans un bar avec des strip-teaseuses, échange de posters érotiques, blagues salaces). Mais le personnage d’Alice joue de son corps avec une modernité évidente sans que la caméra ne porte de jugement sur elle : que ce soit quand elle parle de sexe par mail avec son copain, qu’elle se masturbe dans sa cabine ou qu’elle embrasse un homme dans les couloirs du bateau, le ton est résolument féministe et libéré.

Quelques éléments viennent pimenter un peu ses histoires de coeurs et font tendre l’intrigue vers le drame, comme la tentative de viol au début du film, qui tourne court quand Alice menace de porter plainte. En arrière-plan c’est la disparition du marin qu’elle est venu remplacer et dont le journal intime est resté dans la chambre, qui crée une tension diffuse : sa soeur qui essaye de faire la lumière sur sa mort (et que beaucoup prennent pour sa femmes alors qu’ils disaient bien le connaître), les conditions même de sa mort (on ment en disant qu’il est passé par-dessus bord mais personne ne veut dévoiler la vérité sur ce qui s’est passé dans la salle des machines), l’équipage philippin qui veut libérer les lieux des mauvais esprits… Le personnage du marin mort, qui se décrit un homme qui n’a jamais réussi à aimer, est aussi une occasion de saisir par contraste le personnage d’Alice qui est au contraire pris dans la recherche contradictoire de plusieurs amours.

Le format scope permet à Lucie Borleteau de faire des plans très réussis, que ce soit en intérieur dans les cabines ou en extérieur sur la façade gigantesque du bateau (la première vue sur le Fidelio, dans la nuit et le brouillard, est géniale).

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