Fils de

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Fils de (France, 2014), un film documentaire de HPG avec  HPG, Gwenaëlle Baïd, Christophe. Durée : 1h10. Sortie France : 29 octobre 2014. Produit et distribué par Capricci.

Un documentaire étrange sur la vie privée de HPG, acteur porno devenu père, qui met en scène ses états d’âme, ses lâchetés et son refus d’évoluer. Filmé comme une télé-réalité un peu piteuse, mais avec parfois des plans très réussis, le film évolue entre drôlerie et mise en scène pathétique de l’incapacité d’HPG à devenir adulte. Critikat :

C’est à travers la figure du jeu, qui irrigue tout le film, qu’HPG trouve sa planche de salut. Il se présente finalement, presque à son insu, comme un enfant qui cherche à grandir mais ne peut trahir ce qui l’agite profondément : suivre ses instincts et ses envies, comme la plus grande marque d’intégrité dont il puisse faire preuve envers lui-même et les autres, et qui l’amène à considérer toutes les strates de sa vie avec la même implication. Faire le pitre avec ses enfants, se disputer avec sa compagne, aborder son rôle de comédien sont autant d’occasions de mettre à l’épreuve sa capacité à jouer avec ses propres désirs tout en les confrontant à ceux des autres. Cette démarche trouve son aboutissement dans l’espace du tournage de film pornographique (déjà exploré sous son versant stakhanoviste dans Il n’y a pas de rapport sexuel), en opérant, au fur et à mesure des séquences, un retournement dialectique assez malicieux. Ce ne sont plus des corps que l’on devrait cacher aux yeux du grand public, ni des enveloppes publicitaires retouchées de toute part, mais de grands enfants aux plastiques usées par le temps, nus ou en costumes (de tyroliens par exemple – amusant), qui jouent à explorer différentes configurations de la sexualité, s’exaspérant de la mécanique d’un tournage qui va à l’encontre de leur plaisir immédiat, ou qui doivent redéfinir les modalités de leur implication lorsque la compagne d’HPG émet le désir de rentrer dans la danse. Cette propension à mêler les strates font de cet autoportrait une figure toujours en mouvement, sujette aux remises en cause et aux débordements, traduisant une générosité permettant d’offrir des rapprochements incongrus, notamment dans l’utilisation de la caméra subjective – procédé récurrent dans le domaine du porno, qui implique le spectateur dans l’acte et tente de le faire sortir de sa position de voyeur. Ici, le rapport s’inverse, puisque ce procédé sert de porte d’entrée dans l’intimité d’un quadragénaire en crise, offerte à qui voudra bien la considérer, et constitue ce qui habituellement reste à l’écart du champ pornographique.

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