Fourty Guns

Forty Guns (États-Unis, 1957), un film de Samuel Fuller avec Barbara Stanwyck, Barry Sullivan et Dean Jagger. Durée : 1h19. Reprise France : 6 mars 2002. Produit et distribué par 20th Century Fox.

Quarante tueurs par cette approche romanesque entrecroise constamment mythologie et démystification. C’est le premier point qui domine lors de la saisissante scène d’ouverture, ce plan d’ensemble aérien sur une vallée déserte où avance une carriole. Un grondement tonitruant se fait entendre, laissant apparaître cette armada de quarante tueurs menée par Jessica Drumond (Barbara Stanwyck) androgyne et tout de noir vêtue. Un véritable ouragan symbole de toute la puissance de Jessica et qui précède celui, météorologique qui la montrera plus tard sous un jour plus vulnérable dans le film. Cette facette mythologique est également présente de manière sous-jacente dans certains éléments du scénario. Le héros Griff Bonnell (Barry Sullivan) et sa fratrie d’hommes de loi est bien sûr une réminiscence de Wyatt Earp, certaines informations (les aventures et étapes précédentes de Bonnell évoquées correspondant à celles réelles de Wyatt Earp) et surtout la caractérisation de dure à cuir taciturne évoquant la célèbre figure de l’Ouest.

L’intrigue au contraire tend à inverser cette tendance, les failles des personnages reposant justement sur cette aura légendaire désormais pesante. Griff est ainsi las de cette vie d’action et rechigne à tuer. Son premier morceau de bravoure exprime bien cela lorsqu’il stoppera le chien fou Brockie Drumond (John Ericson), frère de Jessica. Alors que Brockie sème la terreur en ville, Griff rechigne presque à intervenir et lorsqu’il le fait, toute l’aura menaçante du tueur aguerri ressurgit (Fuller préfigurant Sergio Leone avec ce gros plan sur les yeux de Griff qui écrase son adversaire rien qu’en avançant vers lui) même s’il le neutralise en l’assommant de son arme plutôt qu’en faisant feu. Jessica quant à elle s’est élevée à la force du poignet à coup d’intimidation et de corruption, mais en a payée en retour une immense solitude. Jessica et Griff sont des personnages jumeaux, usés par la voie qu’ils ont depuis si longtemps empruntés (la quête de pouvoir pour Jessica, l’application de la loi pour Griff) et voient chacun en leurs petits frères des avatars dégénérés d’eux même. Seules les forces de la nature avec un spectaculaire ouragan les font symboliquement et physiquement tomber de ce piédestal pour les mettre à nu et enfin se rapprocher (superbe scène d’amour, lascive et intimiste dans la pénombre d’une grange et l’heure des confessions respectives). Leur entourage les ramène cependant constamment à leurs existences tumultueuses, de façons plus outrée ou dramatique.

Toute la noirceur et violence du film s’exprime pour montrer cet entourage briser cette quête de quiétude du couple. Fuller use à la fois de la tragédie du dépit amoureux à avec l’homme de main joué par Dean Jagger qui acquiert une profondeur inattendue mais aussi de la pure confrontation, brutale et inattendue. Les fratries défaillantes précipitent le drame et bousculent les sentiments, le cadet Chico sauvant Griff tout en devenant définitivement un tueur, Brockie forçant sa sœur à le laisser à son sort après le crime de trop. Seul Wes Bonnell (Gene Barry sacrément charismatique) semble équilibré dans ses actions et sentiments mais ne peut donc survivre à l’agitation ambiante. — Chroniques du cinéphile Stakhanoviste

 

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