Halloween

HALLOWEEN, HALLOWEEN US 1978 Date 1978. Photo by: Mary Evans/COMPASS INTERNATIONAL PICTURES/FALCON INTERNATIONAL PRODUC/Ronald Grant/Everett Collection(10318256)

Halloween (États-Unis, 1979), un film de John Carpenter avec Donald Pleasence, Jamie Lee Curtis et Nancy Kyes. Durée : 1h31. Sortie France : 14 mars 1979. Produit par Falcon Productions et distribué par Park Circus.

Carpenter au top de sa forme dans un film qui va bouleverser le genre du slasher, et qui même s’il paraît aujourd’hui plus drôle qu’effrayant, n’en tient pas moins des idées très fortes de mise en scène. La scène d’ouverture en particulier, filmée à la première personne derrière un masque et qui révèle l’identité (et surtout l’âge) du tueur, est particulièrement géniale. Le film vaut aussi d’être vu ne serait-ce que pour la musique délicieusement rétro-futuriste qui l’accompagne, signée Carpenter lui-même. Film de culte a un article sur la Genèse improbable du film :

« En France, explique John Carpenter, je suis un auteur, en Allemagne, je suis un cinéaste. En Grande Bretagne, je suis un réalisateur de film d’horreur. Aux Etats-Unis, je suis un bon à rien ». La citation est connue, pleine d’humour et d’aigreur… Et si elle dit vrai, Halloween pourrait alors se présenter comme le film somme de Carpenter : un film d’horreur, réalisé par un auteur, à partir d’une idée de bon à rien. On aimerait en effet être en mesure d’affirmer que ce chef d’œuvre absolu du cinéma d’épouvante, à l’origine d’une vague de films d’horreur perdurant encore aujourd’hui, à la mise en scène ciselée, précise, inventive, trouve ses origines dans, au hasard, un classique de la littérature fantastique (comme c’est le cas pour Psychose ou L’Exorciste) ou un fait divers authentique (Massacre à la tronçonneuse). Il n’en est rien, et à la source du chef d’œuvre de Carpenter, il y a bêtement une idée mercantile de producteurs, liée à l’envie de livrer un nouveau choc après celui de L’Exorciste, justement. Irwin Yablans, distributeur de Assaut, le second film de Carpenter, voit en ce jeune cinéaste de 29 ans celui qui le rendra riche. L’idée, héritée de divers films plus ou moins célèbres, est simple : un tueurs, une ville, des baby-sitters… Le titre provisoire : The Baby-sitter murders. « Je terminais le tournage du téléfilm Meurtre au 43ème étage, lorsque Yablans m’a appelé pour le proposer un projet : pourquoi ne pas faire un film qui se déroulerait la nuit d’Halloween ? Et même, pourquoi ne pas intituler ce film Halloween ? ». Le producteur Moustapha Akkad rejoint le projet et injecte l’intégral du budget : 325.000 dollars. Carpenter reçoit pour la mise en scène et le scénario un médiocre salaire de 10.000$, mais signe également un contrat qui lui garantit 10% des bénéfices. Aujourd’hui encore, sa participation à Halloween suffit à lui assurer des revenus plus que décents (chaque nouvel épisode lui rapportant de l’argent). La forte personnalité de Carpenter, ainsi que la confiance qu’ont en lui les deux producteurs, lui permet d’imposer ses idées. La première d’entre elle consiste à confier le poste de productrice à sa petite amie Debra Hill (avec qui il travaille encore aujourd’hui). Sur la même longueur d’ondes que le cinéaste, Hill permet au film d’acquérir cet aspect fantasmagorique qui l’éloigne du slasher classique : « L’idée de base était qu’on ne peut pas tuer le mal, et c’est de cette idée que découle toute l’histoire. Nous sommes donc revenus au principe fondateur de Samhain, selon lequel Halloween était la nuit durant laquelle les âmes étaient perdues entre mort et renaissance. A partir de là, le film contait simplement l’histoire du plus maléfique des enfants de la ville. Et quand John est arrivé avec cette fable sur une petite ville cachant un terrible secret, nous avons su que Halloween pouvait fonctionner ». Hill et Carpenter se lancent donc dans l’écriture du scénario, la première se chargeant plus spécifiquement des dialogues de Laurie, tandis que le cinéaste se penchait sur le personnage du médecin. En trois semaines, le script est bouclé. Sur le papier, rien qui le distingue d’un petit film d’horreur, en dehors de quelques idées originales qui parsèment le scénario : la peur du croquemitaine, les tirades du médecin sur le mal, et déjà une petite critique de la société américaine, à travers ces voisins qui refusent d’aider une jeune fille criant à l’aide. Son véritable essor, Halloween ne le prendra qu’à travers la mise en scène de Carpenter qui, à ce niveau, n’a quasiment jamais fait mieux depuis. Utilisant avec virtuosité la profondeur de champ ainsi que la caméra subjective, Carpenter conditionne le spectateur et lui colle une frousse d’enfer. Les anecdotes fourmillent autour du film. Les plus célèbres restant celles tournant bien entendu autour du personnage de Michael Myers (nommé ainsi en hommage à un distributeur européen qui avait aidé au succès d’Assaut). La légende est connue : Tommy Lee Wallace, engagé en tant que monteur, costumier, et chef décorateur (et futur réalisateur de Halloween 3), a pour mission de créer le masque du tueur. Le masque de clown est envisagé jusqu’à ce que Wallace entre dans un magasin de déguisement sur Hollywood Boulevard et tombe… Sur un masque de Capitaine Kirk (de Star Trek) ! Acheté pour 1.98$ et peint en blanc, le masque entre dès les premiers plans où il apparaît dans la légende. Incarné dans la plupart des scènes par Nick Castle (pote de Carpenter et futur réalisateur de Starfighter et… Denis la malice), Myers apparaît sous les traits de Tony Moran dès qu’il retire son masque. Impassible, insensible, Myers apparaît comme l’incarnation du mal, le croquemitaine dont parlent les enfants. Que son masque lui soit arraché, comme dans la scène finale, et le personnage recule, perd de sa force. La grande force de Carpenter, et son avantage sur un Sean S. Cunningham (créateur de la série des Vendredi 13), c’est justement d’avoir imposé ce masque totalement vide, ce « visage sans émotion, comme l’explique Debra Hill, sans trait – le type même de visage qui aurait pu être celui d’un humain ou pas ». Renforcé et mystifié par les discours de Loomis, le psychiatre qui suit Myers depuis son enfance, le personnage acquiert une dimension mythique, qu’il perdra malheureusement dès l’épisode suivant de la série, lorsque les auteurs chercheront à l’humaniser (en lui donnant une sœur, une nièce, et des intentions…). Le tournage débute au printemps 1978 – obligeant l’équipe à disperser dans les rues de la bourgade retenue des feuilles mortes – et dure 21 jours. En face de Michael Myers, il y a la baby-sitter Laurie, interprétée par Jamie Lee Curtis dont c’était le premier grand rôle. « Jamie Lee n’était pas notre premier choix, pour Laurie, explique John Carpenter. Je ne savais même pas qui c’était. Elle avait 19 ans à l’époque et avait joué dans quelques séries, mais je ne regarde jamais la télévision, donc je ne la connaissais pas du tout ». Après quelques essais, la première actrice pressentie (Annie Lockhat) est finalement remplacée, pour des raisons peu avouables, qu’évoque quelques années plus tard la productrice Debra Hill : « je savais que la présence de Jamie Lee serait un vrai plus commercial pour le film, étant donné que sa mère jouait dans Psychose ». La jeune voleuse, poignardée sous la douche dans le chef d’oeuvre d’Hitchcock, c’était elle en effet. A croire que la jeune Jamie était prédestinée pour ce rôle depuis toute petite… A l’écran, la jeune fille fait sensation, apportant sa fraicheur et sa candeur au personnage de la jeune baby-sitter qui tient tête au tueur. A l’inverse d’un Massacre à la tronçonneuse, Halloween apporte au genre un discours moral (si ce n’est moralisateur) qui fera date : Laurie ne boit pas, ne fume pas, ne baise pas. Ce qui la sauvera ? Carpenter se garde bien de confirmer ce jugement. Il n’empêche qu’il sera repris par la quasi totalité des slashers des années 80, jusqu’à servir de matrice à une scène d’anthologie de l’excellent Scream.

Présenté à la presse et au public le 25 octobre 1978 à Kansas City, Halloween démarre mollement au box-office, mais s’installe confortablement sur la durée. La précision de la mise en scène, l’originalité (pour l’époque) du scénario, la musique composée par un John Carpenter dont c’est la plus célèbre partition, le dévouement de l’équipe («nous étions comme des gosses qui se voyaient offrir 300.000$ et qui voulaient à tout prix que le moindre centime soit sur l’écran », dira plus tard Debra Hill), propulsent le film au firmament du box-office. Durant vingt ans, plus précisément jusqu’à la sortie d’un certain Projet Blair Witch, Halloween reste avec 70.000.000$ de recettes dans le monde (auxquelles viennent s’ajouter près de 20.000.000$ de recettes vidéo), le film indépendant le plus rentable de l’Histoire, rapportant plus de 200 fois sa mise. Carpenter, embarqué sur son téléfilm Elvis (qui allait pulvériser des records d’audimat), ne se rend pas compte du triomphe de son troisième film : « je ne me souciais pas trop du succès de Halloween. Mais aux alentours de Noël, je commençais à remarquer un changement dans le comportement de mon entourage. Mes amis me regardaient bizarrement, et les producteurs souhaitaient soudainement tous me rencontrer ». Si les participants du film ne récoltent guère d’argent, Carpenter, présent aux postes de metteur en scène, scénariste, compositeur, touche le jackpot : « je ne saurais dire exactement combien j’ai touché avec ce film, mais je me souviens avoir reçu un jour un chèque d’un million de dollars – c’était pas mal ! »

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