How do you know?

How Do You Know

How Do You Know (États-Unis, 2011), un film de James L. Brooks avec Reese Witherspoon, Owen Wilson, Jack Nicholson et Paul Rudd. Durée : 1h56. Sortie France : 26 janvier 2011. Produit par Columbia Pictures et distribué par Sony Pictures.

Une excellente comédie, présentée par Murielle Joudet (qui a écrit dessus ici) dans le cadre de la programmation « Stand up! La nouvelle comédie américaine » à Beaubourg. Potache et intelligente en même temps, le film de L. Brooks réussi le tour de force d’amener de vraies moments de compassion et d’émotion avec un casting et un modèle pourtant très stéréotypé. Reese Witherspoon incarne une jeune sportive dont la carrière s’interrompt brutalement sur la décision d’un entraîneur borné ; seule et livrée à elle-même, elle se trouve malgré elle prise dans la course au mariage, dans laquelle tous les athlètes féminins autour d’elle semblent inéluctablement devoir s’engager. Elle fait alors deux rencontres : celle d’un autre sportif de haut niveau (Owen Wilson), bête comme ses pieds mais sincère, et celle d’un jeune héritier qui s’apprête à se faire virer de sa propre boîte pour expier les pratiques malhonnêtes de son père. L’un est « tout trouvé » pour être avec elle, mais l’autre est touchant ; l’affaire semble conclue, on sait vers quoi on va, et pourtant rien ne va se dérouler selon le fil blanc que semble dérouler le pitch du film. Car Brooks s’amuse à déjouer toutes les attentes, en plaçant son personnage au cœur d’un dilemme qui ne trouvera pas de réponse satisfaisante : à chaque fois que l’idylle semble avancer avec celui qu’on nous présente comme le héros, Wilson fait des progrès de son côté et devient réellement meilleur, plus futé et plus généreux, sincèrement touchant.

Chaque montée en puissance est donc désamorcée à l’avance ; la situation atteint son paroxysme dans une magnifique scène de demande en mariage dans un hôpital, qui passe en quelques minutes d’un registre à l’autre avec une fluidité géniale. Nicholson, le père tyrannique, débarque alors que sa secrétaire qui vient d’accoucher a annoncé la venue dans la pièce du « père de l’enfant » ; Paul Rudd est tétanisé, avant de réaliser que le vrai mari débarque en fait juste derrière. Après quelques échanges, Nicholson s’en va et laisse la place à une séquence où le nouveau père fait une déclaration d’amour à sa femme. Paul Rudd le filme à sa demande, tout en regardant Witherspoon en biais : toute la tirade est lue dans cet échange de regard, et le texte est vraiment émouvant. Nouveau retournement : la caméra n’a rien enregistré, il faut jouer à nouveau la scène dans la gêne la plus complète. En sortant de l’hôpital, on se dit qu’à ce stade espérer qu’une scène romantique arrive est totalement improbable. Et c’est ce que se dit le personnage lui-même, qui laisse filer la belle en bus… juste avant de se raviser en le rattrapant quelques arrêts plus loin. Tout le génie du scénario est contenu dans cette manière de faire tenir en suspens le devenir et les choix des personnages, de tenir au plus près de la caméra les hésitations infimes qui façonnent notre vie et nos expériences. Les personnages de How do you know savent aussi bien que nous qu’il n’y a pas de « bonne » solution, il n’y a que des choix qui sont autant de renoncements, de sauts dans le vide et de paris sur l’avenir.

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