Il Boom

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Il Boom (Italie, 1963), un film de Vittorio De Sica avec Alberto Sordi, Gianna Maria Canale et Ettore Geri. Durée : 1h28. Reprise France : 2 novembre 2016. Produit par Dino de Laurentiis Cinematografica et distribué par Les Acacias.

Une comédie sympathique et sans prétention sur le boom économique de l’après guerre en Italie, qui suit un agent immobilier vivant au-dessus de ses moyens pour donner le change à sa femme.

La femme d’un entrepreneur lui propose un marché shakespearien : contre un œil (qui servira à remplacer la cornée ­abîmée de son époux), elle lui donnera assez d’argent pour effacer ses dettes et s’établir à son compte. Le film, qui jusque-là présentait un intérêt essentiellement docu­mentaire (il a été tourné, entre autres, dans le quartier de l’EUR, symbole, à l’époque, de la modernité italienne), épicé de satire ­sociale un peu lourde, prend alors un tour tragique.

Cette mutation tient d’abord à Alberto Sordi. Entre ses mains, Giovanni Alberti n’est pas seulement un mouton cupide mais aussi un mari aimant, un être inquiet capable de saisir l’absurdité de son destin. Il Boom se distingue aussi par la présence, rarissime dans le cinéma de l’époque (et dans le cinéma tout court), d’un personnage féminin secondaire d’une force et d’une originalité saisissantes.

La signora Bausetti, qui mène la négociation avec le pauvre héros, est incarnée par la cantatrice d’origine bulgare Elena Nicolai. C’est une femme d’un certain âge (« Je pourrais être votre mère », dit-elle à Alberti), dépourvue d’illusions vis-à-vis du genre humain en général, des hommes en particulier. C’est elle qui régit l’ordonnancement du drame, jusqu’à ce dénouement cruel, qui mêle intimement le burlesque et la douleur. Et lors de la première entrevue entre la matrone et le débiteur, De Sica invente un plan virtuose, qui traque les regards et les voix, sans recourir au champ-contrechamp.

Si l’on s’intéressera plus volontiers à ce destin aujourd’hui qu’en 1963, c’est que l’histoire a donné raison à De Sica et Zavattini. En Italie, bien sûr, où deux décennies de berlusconisme ont montré toutes les conséquences de la primauté de l’argent ; mais ce serait se cacher au moins un œil que de penser que la prophétie d’Il Boom ne vaut que de l’autre côté des Alpes. — Thomas Sotinel, Le Monde

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