Il est difficile d’être un dieu

Film,ТББ, А.Герман

Trudno byt bogom (Russie, 2015), un film de Alexei Guerman avec Leonid Yarmolnik, Aleksandr Chutko et Yuriy Tsurilo. Durée : 2h50. Sortie France : 11 février 2015. Produit par Sever Studio et distribué par Capricci.

Film extraordinairement long, dont des passages entiers semblent n’être constitués que d’une unique et interminable prise à la manière du film de Sokourov sur l’Ermitage. Un blogueur sur Mediapart résume assez bien la confusion qui se dégage du scénario :

Alors, évidemment, on ne comprend rien à l’histoire de ce long-métrage. Le spectateur est trop pris à partie par ce maelström filmique qui ne semble exister que pour lui, par ces incessantes adresses à la caméra, pour qu’il saisisse les péripéties de cette intrigue. (Lire le synopsis du film après la projection est d’ailleurs une expérience des plus cocasses tant celui-ci semble ne pas correspondre à ce qu’on avait compris de l’histoire). Peut-être la lecture du roman des frères Strougatski dont le film est adapté permet-elle de dissiper les brumes entourant le scénario du long-métrage…

Le fond de l’histoire est donné par Allociné : « Un groupe de scientifiques est envoyé sur Arkanar, une planète placée sous le joug d’un régime tyrannique à une époque qui ressemble étrangement au Moyen-Âge. Tandis que les intellectuels et les artistes sont persécutés, les chercheurs ont pour mot d’ordre de ne pas infléchir le cours politique et historique des événements. Le mystérieux Don Rumata à qui le peuple prête des facultés divines, va déclencher une guerre pour sauver quelques hommes du sort qui leur est réservé ». De fait c’est bien Don Rumata, sorte de seigneur moyen-âgeux et mystique, que l’on va suivre dans son cheminement tortueux au sein d’un univers arriéré où tout baigne dans la boue et la pluie – y compris les scènes d’intérieur. On sait qu’il lutte contre les « gris » qui cherchent à le faire taire puis disparaître, on sait aussi qu’il est plus puissant que le petit peuple qui s’empresse constamment autour de lui et autour de la caméra ; les regards-caméra sont d’ailleurs légion, chacun essayant de tirer la couverture à soi pour quelques secondes. Il va d’un groupe de paysans à l’autre, casse le crâne à l’un, boit dans la coupe de l’autre, répand de la boue partout, prend des bains, bref on ne comprend rien à ce qu’il est sensé incarner ou accomplir. La perte de sens est tellement complète que le film en devient fascinant, d’autant que l’image est étrangement très nette (ce qui contraste avec la profusion poisseuse des scènes saturées d’objets de décor) et certains plans sont très bien composés. À deux reprises dans le film Don Rumata joue d’une flûte, ce qui crée une énorme rupture dans un film quasi dénué de bande-son ; c’est soudain comme l’irruption de la civilisation au milieu d’un monde où l’humanité est réduite à peau de chagrin. Les deux passages sont du coup de vraies réussites et un bol d’air frais, mais ce ne sont que des parenthèses dans un ensemble très lourd – le film reste une épreuve difficile même avec une curiosité sincère au départ.

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