Invasion à Los Angeles

They live

They Live (Etats-Unis, 1988), un film de John Carpenter avec Roddy Piper, Keith David et Meg Foster. Durée : 1h34. Produit par Alive Films.

They Live est le deuxième film de Carpenter pour Alive Films, société de production ayant offert au cinéaste carte blanche sur de tout petits budgets au lendemain du flop (injustifié) des Aventures de Jack Burton. Il faut savoir que le cinéaste est à ce moment très en colère contre le système hollywoodien et qu’il ne voit pas son retour sur grand écran autrement que par le biais de films sans absolument aucune concession. Regonflé comme jamais face à la liberté totale que lui confère Alive, ces budgets serrés redynamiseront la filmographie de Carpenter puisqu’il signera le formidablement flippant Prince of Darkness, puis ce très engagé They Live, soit deux opus comptant parmi les plus grandes réussites de sa carrière. Toujours caché sous un pseudonyme pour son scénario (Franck Armitage cette fois-ci), Carpenter adapte ici la nouvelle « Eight O’Clock in the Morning » écrite par Ray Nelson dans les années 60. Les grandes lignes de la courte histoire sont reprises, soit l’éveil d’un brave citoyen américain (John Nada) à la dure réalité d’une colonisation extra-terrestre effectuée par des messages subliminaux retransmis par la télévision. Si ce traitement laisse entrevoir pour Carpenter les bases idéales pour une série B bien carrée aux allures de western déguisé (soit une certaine norme chez le bonhomme), cette histoire va permettre avant tout au cinéaste de régler ses comptes avec l’idéologie (qu’il juge lui-même effrayante) de son propre pays. […] En donnant le rôle principal à un vagabond marqué par la vie, en retrait total d’une société qui n’attendra pas tout le monde, Carpenter dresse un portrait franc et juste des pauvres que les Etats-Unis (ou tout autre pays en pleine course consumériste) ont littéralement abandonnés en route. Le sérieux du cinéaste est d’autant plus marquant qu’il n’introduit le fantastique de son histoire qu’après une bonne demi-heure de film, le temps de nous présenter ses personnages et sa ville de fortune. Cela n’empêche cependant pas Carpenter de nous délivrer une authentique séquence de terreur durant la scène de l’assaut de Justice Ville par les forces de police. D’une situation bien réelle, Carpenter nous livre un prisme horrifique en nous peignant la scène comme une invasion violente et arbitraire que devront repousser des héros innocents (ou coupables d’être pauvres dans ce cas présent). – Devil Dead

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