Irène

Irène (France, 2009), un film d’Alain Cavalier. Durée : 1h25. Sortie France : 28 octobre 2009. Produit par Caméra One et distribué par Pyramide.

Ce serait sans doute trop dire qu’Irène, qui revient sur le désastre fondateur de cette conversion esthétique, est aujourd’hui à la lumière ce que le Répondeur fut à la nuit. Du moins le film nomme-t-il explicitement son objet, se confrontant aux gouffres comme aux félicités qu’il recèle. L’affliction, la colère, la haine, la culpabilité, certes. Mais aussi la joie pure, la sensualité, l’amour.

Entre ces feux dévorants, Alain Cavalier construit son film en se posant des questions de cinéma, qui disent à elles seules le mystère de sa propre survie. Se demander comment représenter l’absente, quel corps lui donner dans le film, n’est-ce pas enfin, comme cinéaste, assumer son deuil ?

Une série de substituts, de médiums sont testés. La trace écrite : lecture des carnets du cinéaste, cristallisant des scènes et des sensations de l’époque. L’évocation fantomatique : revisiter les lieux fréquentés par le couple, laisser y affleurer les souvenirs. Le dévoilement par la biographie : révéler un fragment du parcours, de la psychologie de l’aimée. Le chamanisme : produire des objets empreints de la présence d’Irène, des fragments de photographies, des avatars animaliers. La reconstitution fictionnelle : rêver que Sophie Marceau, dont l’effigie secrètement adorée est punaisée derrière la porte d’un placard, interprète le personnage sans jamais oser le lui demander. Et pourquoi pas l’autoflagellation : tomber de l’escalier mécanique du métro et filmer sans déplaisir son visage tuméfié de survivant.

Rien qui ne permette d’éviter d’en revenir toujours à l’irréparable : ne pas avoir su empêcher qu’Irène, fragile, absolue, dépressive, parte un jour seule en voiture, trop impatiente de l’attendre, pour ne plus revenir. Combien de courage, d’impudeur, de délicatesse faut-il pour filmer cela ! — Jacques Mandelbaum, Le Monde

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