It follows

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It follows (États-Unis, 2014), un film de David Robert Mitchell avec Maika Monroe, Keir Gilchrist et Daniel Zovatto. Durée : 1h40. Sortie France : 4 février 2015. Produit par Animal Kingdom et distribué par Metropolitan FilmExport.

It follows est vraiment une belle découverte, qui pour le coup mérite ses récompenses (Dauville et Semaine de la critique notamment), même si parfois on apprécierait que les logos de festival et les critiques de spectateurs cessent de dévorer toujours plus les affiches de films. Le film s’ouvre sur Jay, jeune fille poursuivie qui se tourne sans cesse vers ce qui la suit sans que les gens autour d’elle n’arrivent à comprendre de quoi il s’agit. Un peu spoilée par la bande-annonce, ça reste une bonne scène parce qu’elle amène directement ce sentiment de malaise que procure le cauchemar face à quelque chose d’horrible sur quoi l’on a pas prise. Heureusement le film ne s’arrête pas à cette promesse d’une menace jamais dévoilée ; assez rapidement il déploie une panoplie bien fournie d’apparitions glaçantes, toutes liées au thème de l’agression sexuelle ou de la contamination. La « chose » prend régulièrement l’apparence de proches, y compris les parents des victimes – ce qui donne des plans géniaux comme celui où le père s’affiche, triomphant et nu, en haut de la maison pour toiser sa fille qui part en voiture. La chose se transmet (par le sexe), mais à l’inverse d’un virus elle cherche sans cesse à remonter la chaîne des contaminés : dès que le dernier à l’avoir eu est tué, elle s’attaque à nouveau au précédent. On cherche la métaphore du sida dans cette urgence de la transmission couplée à la certitude de ne pouvoir échapper à la menace, mais la comparaison est assez stérile, c’est peut-être plus simplement un bon dispositif qui permet à la fois de créer une communauté restreinte de « témoins » au destin commun, et de donner de faux échappatoires dans la rationalisation du mal (le gang de jeunes essaye de venir à bout de la menace en échafaudant des pièges).

Le film oscille entre deux types d’ambiances, que construit la bande-son : d’un côté des tambours tétanisants, de l’autre des plages de synthé mélancoliques ; ces dernières permettent de passer d’une scène à l’autre en douceur, dans un état d’esprit à la Virgin Suicides (les plans extérieur dans la piscine ou au bord de la mer, dans la pénombre des chambres, ou encore quand au cinéma le mec qui drague Jay dit qu’il envie les enfants parce qu’il ont encore la vie devant eux). Le lien entre ces deux pôles est évident, c’est la menace de la perversion sexuelle qui plane sur le modèle trop parfait de la maison de banlieue américaine. Un cliché un peu surexploité mais ici très bien mis en oeuvre ; on sent le réalisateur à l’aise, assez sûr de ses effets pour tirer parti de cette ambiance qui a un peu le cul entre deux chaises.

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