Jeanne Dielman

Jeanne Dielman

Jeanne Dielman 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles (France, 1876), un film de Chantal Akerman avec Delphine Seyrig, Jan Decorte et Henri Storck. Durée : 3h18. Sortie France : 21 janvier 1976. Produit par Paradise Films.

La critique a connu un grand moment de communion autour du suicide de Chantal Ackerman, dont plusieurs films ont été programmés (en festivals et en salles) en hommage à la réalisatrice. Parmi eux Jeanne Dielman est présenté comme son grand classique indépassable. Pourtant difficile de ne pas s’endormir devant ces trois heures assommantes de reconstitution minutieuse, maniaque, de la vie d’une femme qui ne veut laisser aucune prise au vide et tâche d’occuper ses journées comme elle peut, entre courses, tâches ménagères et prostitution banale dans le secret de sa chambre. L’intention de Chantal Ackerman est limpide, et le procédé très clair ; mais il pèse de tout son poids sur la narration qui s’englue dans le rythme répétitif des tâches,  toujours cadrées et filmées de la même manière, sans musique. Café, vaisselle, courses, repas, vaisselle, courses, prostitution, repas, visite obscure dans un lieu qu’on ignore (la caméra s’arrête au perron de l’appartement), et ce trois fois d’affilée. Les dialogues sont bien écrits, ils sont parfois mignons, mais extrêmement rares. Le meurtre final est sensé s’expliquer par une sorte de bizarrerie de caractère qui n’est pas non plus très intéressant : Jeanne est prisonnière de ses propres schémas mentaux, de l’organisation scrupuleuse de sa vie pour résister au vide, et ne supporte pas l’intrusion d’un moment de plaisir physique qui bouleverse cet ordre arbitraire.

Globalement pour moi très peu d’émotions et de vérité se dégagent du film, qui gagnerait peut-être à être vu de manière coupée, comme une sorte de visite régulière à un proche, selon une stricte égalité temps filmé-temps vu, plutôt que dans l’exigence de l’attention soutenue accordée à un film. Delphine Seyrig ressemble ici à une pauvre Jena Rowlands belge, qui manque de place pour s’exprimer. Bref un film qui donne envie de pratiquer des coupes au montage.

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