Julien Donkey-Boy

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Julien Donkey-Boy (États-Unis, 1999), un film d’Harmony Korine avec Ewen Bremner, Werner Herzog et Chloë Sevigny. Durée : 1h34. Sortie France : 13 septembre 2000. Produit par Independent Pictures et distribué par ED Distribution.

Film complètement barré, dont le montage chaotique n’est pourtant pas un frein à la construction d’une intrigue cohérente. L’essentiel de l’action se passe en huis clos dans une maison, où vit une famille de gens dingues à divers degrés : le Julien du titre est proche de l’autisme, tandis que son frère est obsédé par le sport et ne veut que plaire à son père. Herzog incarne un pater familias endeuillé, obsédé par le souvenir de sa femme (une patineuse artistique dont il se repasse les performances à la télé), éternellement insatisfait de ses enfants et buveur étrange, qui alterne entre alcool fort et fioles de médicaments. C’est la première fois que je le vois jouer dans un film, et je trouve qu’il passe très bien à l’écran avec les traits anguleux de son visage. Sa diction en anglais est excellente, avec juste ce qu’il faut d’accent allemand pour donner à ses phrases un caractère contraignant, psychologiquement brutal. La soeur, quant à elle, est enceinte suite à ses relations incestueuses avec Julien, qu’elle complique encore en jouant au téléphone le rôle de sa défunte mère.

La mise en scène de la folie dans Julien Donkey-Boy utilise les mêmes techniques que Les nains aussi ont commencé petit : des scènes qui s’attardent sur des mouvements ou des paroles répétitives, qui sont autant de tentatives vaines d’accomplir quelque chose qui fasse sortir les personnages de leur prison mentale. L’image est particulièrement sale, probablement filmée en caméra amateur ; pourtant cela n’empêche pas le film d’avoir des moments de grâce, que ce soit à travers les apparitions furtive du personnage de Chloë Sevigny ou la séquence de la patinoire, ni des dialogues très drôles comme celui autour du dîner où Herzog s’emporte contre les films « artsy fartsy ». C’est un film au final moins expérimental qu’il n’y paraît, car sa forme particulière est complètement au service de son ambition.

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