Kaili Blues

Kaili Blues

Lu bian ye can (Chine, 2015), un film de Bi Gan avec Yongzhong Chen, Yue Guo et Linyan Liu. Durée : 1h50. Produit par Heaven Pictures et distribué par Capricci.

Premier film magnifique d’un réalisateur chinois, Bi Gan, déjà doublement primé à Locarno et repéré à cette occasion par Jean-Michel Frodon de SlateKaili Blues retrace le parcours d’un médecin qui part à la recherche de son neveu, qu’il soupçonne son frère d’avoir vendu. À ce premier objectif du voyage s’ajoute un second, celui de rendre visite à un vieil ami de sa collègue de travail, qui est au bord de la mort. Les deux histoires se croisent dans un même élan très doux vers l’inconnu, le long de routes sinueuses qu’il parcourt à dos de motos. À partir d’un moment Bi Gan passe en caméra à l’épaule et suit pendant plus d’une demie-heure ce parcours dans un village loin de la ville de Kaili (dont il est originaire), tantôt à moto, tantôt en bateau, le reste du temps à pied, avec une agilité et une grâce époustouflante. Son traitement de l’image est assez proche de ce que fait Wong Kar Wai dans Happy Together ou Fallen Angel, qui travaille sur des champs extrêmement larges, mais sans les coupes et les sautes d’image. En revanche il se permet d’interchanger les personnages, d’en attraper un en passant, voire d’autonomiser le point de vue de la caméra en traversant le village pour récupérer son personnage à quelques rues de là. Le récit est entrecoupé de poèmes qui sont le fait du réalisateur lui-même, et qui renvoient sans cesse à la recherche d’unité avec la nature et l’environnement ; s’y ajoutent des annonces mystérieuses et récurrentes, à la radio et à la télé, qui  décrivent des apparitions d’« hommes sauvages » à la voix caverneuse et aux yeux brillants un peu partout dans la ville. La tentation de comparer ça au dernier film de Weerasethakul est assez forte, et Gan donne effectivement la sensation de s’inscrire dans la même veine contemplative et poétique qu’ont tracé cette année les filmographies asiatiques à Cannes et ailleurs.

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