Killer Joe

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Killer Joe (États-Unis, 2012), un film de William Friedkin avec Matthew McConaughey, Emile Hirsch et Juno Temple. Durée : 1h42. Sortie France : 5 septembre 2012. Produit par Voltage Pictures et distribué par Pyramide.

Superbement réalisé, avec une photographie très précise et propre sur elle, Killer Joe est une version condensée de la violence du cinéma de Friedkin qui fonctionne autour d’un lieu unique : la caravane, espace de vie d’une famille en perdition que Joe vient détruire de l’intérieur, en lui jetant aux yeux sa misère, sa crasse et ses faiblesses.

Chris doit beaucoup d’argent à la mafia locale, qui s’en agace, si bien qu’il doit rapidement trouver une solution. Celle-ci se présente sous les traits méphistophéliques de Killer Joe Cooper (Matthew McConaughey), un flic qui arrondit ses fins de mois en tant que tueur à gages. Pistonné par Rex, qui s’y connaît en assurances-vie, Chris a appris que Dottie recevrait une petite fortune si, par malheur, leur mère indigne venait à trépasser. Avec l’accord d’Ansel et Sharla, il charge Joe de mettre en oeuvre ce funeste fantasme. Seul hic : comme tout tueur qui se respecte, Cooper réclame une avance. A cours, Chris et Ansel acceptent de lui livrer, en guise de caution, la petite Dottie, aux charmes de laquelle le satyre n’est pas insensible. Comme il était à prévoir, ce pacte va prestement déraper, jusqu’à l’éprouvant bain de sang final, durant lequel Joe exigera notamment que Sharla, défigurée, prodigue une fellation sur un morceau de poulet frit – séquence qui ferait passer les flics orduriers d’Abel Ferrara pour d’adorables poussinets. Regard de braise, accent redneck au couteau, mâchoire tombante, corps tordu de concupiscence satanique, Matthew McConaughey trouve ici le rôle de sa vie. L’ex-jeune premier abonné aux comédies romantiques porte à incandescence son infernale métamorphose, entamée avec Magic Mike, de Steven Soderbergh, et poursuivie, depuis, avec The Paperboy, de Lee Daniels et Mud, de Jeff Nichols. D’une impétuosité fourbe et rentrée, il campe toutes les facettes de Lucifer, tour à tour tentateur, accusateur, exterminateur et – plus encore – scrutateur. « Your eyes hurt » : « Tes yeux font mal », lui souffle ainsi, par deux fois, Dottie (Juno Temple, excellente en proie désemparée). Le diable se niche dans les détails, et les spectateurs les plus attentifs auront noté qu’une présence souterraine traverse tout le film : celle de la télévision, qui diffuse scène après scène son flot d’inepties et d’atrocités. Avant de faire dire la messe à la tablée en lambeaux, Joe ne manque pas de saccager, avec force fracas, l’écran familial. Manière de rappeler d’où, précisément, vient le fléau dont il n’est que le modeste exécuteur. — Aureliano Tonet, Le Monde

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