La BM du Seigneur

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La BM du Seigneur (France, 2011), un film de Jean-Charles Hue avec Frédéric Dorkel, Angélina Dauber et Joseph Dorkel. Durée : 1h24. Sortie France : 26 janvier 2011. Produit par Les Films d’Avalon et distribué par Capricci.

Sorte de préquel au très bon Mange tes morts sorti l’année dernière, La BM du seigneur est le premier effort abouti de long-métrage de Jean-Charles Hue. Le film est le fruit d’une longue cohabitation avec la famille Dorkel, le « clan » avec lequel le réalisateur a vécu pendant 7 ans – et plus particulièrement Frédéric, personnage central dont La BM emprunte l’épiphanie religieuse pour en faire le coeur de son intrigue. Les Dorkel font partie des Yéniches, un groupe ethnique semi-nomade d’Europe de l’est présent autour du Rhin et ses environs (Allemagne, France, Suisse, Belgique), souvent assimilé aux Roms. Ici ils habitent au nord de la France, leur langue ressemble un peu au chti et à l’allemand. On les voit évoluer entre le terrain du camping, des vols de voiture, des grillades en extérieur. Comme le souligne un certain Patrick Cotelette dans Lectures, le film ne cherche pas à éviter les clichés, voire tombe régulièrement dedans :

En faisant un décompte simple, on observe : 10 scènes de ou parlant de religion, 10 scènes où les personnages « s’embrouillent » (insultes, haussements de voix, etc.), 6 scènes où les personnages volent ou « bidouillent », 6 scènes où les personnages tirent avec des fusils ou pistolets, 3 scènes où les personnages mangent un barbecue, 3 scènes où l’enjeu est centré sur une voiture, 3 scènes où l’on parle de l’honneur des familles, 3 scènes de vie familiale (une relation mère/enfant, une discussion collective sur McDonalds et une relation mari/épouse) et enfin 2 scènes où l’on voit des personnages se battre. Autrement dit, sur l’ensemble des scènes présentées dans le film, il n’y en a que peu qui sortent des stéréotypes sur les gens du voyage ou les classes populaires en général. Si le propre d’un documentaire était d’alimenter les stéréotypes, alors, oui, La BM du Seigneur offre un formidable matériau sociologique.

La BM est toujours un peu à la limite du trop de réalisme. Quelqu’un me disait qu’on avait parfois le sentiment de voir un mauvais Envoyé Spécial, et c’est d’autant plus vrai que Mange tes morts reprend ensuite le scénario où il s’était arrêté : avec le retour du frère de prison, donc au plus fort de cette contradiction dans les termes que représente la figure mythifiée par Hue du voyou croyant et pratiquant. Les passages sur les pasteurs évangéliques sont excellents, leur prêche ressemble à un mélange de gospel, de repentance publique et de pétage de plombs. D’après le réalisateur :

« Pour la plupart, les pasteurs sont (…) d’anciens voyous. Le plus souvent, ils ont appris à lire la Bible en prison, car ils avaient un peu de temps devant eux. Le monde évangélique vient aussi en partie du monde des voleurs. Au début, ils sont tous les mêmes. La confrontation avec le spirituel vient après. »

Le travail sur la lumière dans le film est remarquable, même si la symbolique est franchement appuyée : les plans sur les flaques d’eau où on aperçoit la lumière divine qui pointe derrière un nuage, les vues sur la nature environnante, même les plus petits détails tendent dans la même direction du symbolisme religieux. Mais Jean-Charles Hue prend aussi des libertés et s’en amuse parfois : le blanc immaculé de la tête du chien (sorte d’envoyé divin apparu pendant la révélation) devient en fondu celui d’une caravane défoncée, une scène très belle où Frédéric est seul et écoute une chanson mélancolique sur Jésus passe sans transition à une autre où lui et sa famille débattent du choix du Macdo à commander, etc. On devine derrière un vrai amour pour son sujet et une volonté de sublimer les valeurs qui structurent la vie du clan (l’honneur, l’unité familiale, la foi), qui paraissent simultanément complètement dérisoires et très belles.

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