La grande extase du sculpteur sur bois Steiner

Steiner

La grande extase du sculpteur sur bois Steiner (Allemagne, 1974), un film documentaire de Werner Herzog avec Walter Steiner et Werner Herzog. Durée : 45mn. Produit par Werner Herzog Filmproduktion.

Herzog à ses débuts, très en forme, qui suit le parcours du sportif suisse Walter Steiner quand ce dernier se rend en Slovénie pour participer à une compétition de saut à ski. Face caméra, les cheveux en bataille et la moustache fourni, vêtu d’une veste très années 70, Herzog nous présente les enjeux des scènes qui vont suivre : la pente artificielle que les organisateur ont installé est très raide, et Steiner est si bon sauteur qu’il risque de s’envoler trop loin, de tomber trop bas sur la piste et donc de s’écraser là où le sol est plat. Mais plus que ce risque, c’est ce que Steiner ressent dans les airs qui intéresse Herzog ; filmés en 400 images / secondes, ses sauts se déroulent à l’écran au ralenti avec une fluidité et une majesté immenses, sur fond de musique classique. La compétition est assez loin des préoccupations des deux hommes, car le niveau du sauteur suffit à la rendre stérile. DVD Classik :

Au premier saut, Steiner égalise le record mondial (169 mètres), mais avec une rampe plus petite que le précédent sauteur. Loin de fanfaronner, il est inquiet d’avoir déjà atteint cette distance et de se trouver aux limites du terrain. Il craint pour la suite de la compétition, la sécurité des sauteurs n’étant selon lui plus assurée alors qu’ils s’apprêtent à partir de plus haut que lui. Steiner réclame que la rampe soit raccourcie, mais sans résultat. Le deuxième jour, son inquiétude ne fait que croître. A chaque saut, il va de plus en plus loin, comme si plus aucune limite ne lui était imposée. Mais, ce faisant, il perd ce sentiment d’extase qui accompagnait jusqu’ici ses sauts : il n’y a plus que les record et le danger. […] Steiner accomplit un prodigieux saut de 177 mètres mais fait une chute à la réception. Il s’en sort avec quelques contusions, mais est furieux qu’il faille se blesser pour être enfin écouté. Il continue à réclamer que l’on réduise les rampes, que l’on arrête de chercher à tout prix des sauts de plus en plus longs. Tout ce qu’il souhaite, c’est revenir à la beauté du geste, à cette recherche de l’extase qui est la raison pour laquelle il s’adonne à ce sport. Steiner supporte de moins en moins la pression d’un public qui en veut toujours plus. Il se sent comme un gladiateur dans une arène, entouré par une foule qui attend l’exploit et le sang. Herzog montre la capacité de l’homme à gâcher la beauté, ou comment la pureté de l’envol se transforme sous le poids des sponsors, des médias et du public en une course insensée aux records.

Une anecdote ferme le film : Steiner explique qu’un oiseau recueilli par des hommes n’est plus accepté par les siens, image de son propre rapport au public où Herzog doit probablement se reconnaître.

Laisser un commentaire