La loi du marché

La loi du marché

La loi du marché (France, 2015), un film de Stéphane Brizé avec Vincent Lindon, Yves Ory et Karine De Mirbeck. Durée : 1h33. Sortie France : 19 mai 2015. Produit par Nord-Ouest Films et distribué par Diaphana.

Sur la forme : Lindon a fait beaucoup parler de lui lors de la sortie du film dans la foulée de Cannes, très à l’aise dans cet exercice de fausse modestie qui consiste à ne parler que de soi en prétendant s’effacer pour mieux laisser parler les « petites gens ». Il nous a gratifié dans Télérama de quelques-unes de ses phrases satisfaites (« le confort m’angoisse, j’ai choisi l’intranquilité », « Ma première lecture [d’un scénario] est d’abord humaine. J’aime fédérer, c’est ma façon de faire de la politique »), on sent que ça lui fait plaisir, et on savoureuse la remarque de Didier Péron pour Libération :

Vincent Lindon est très fort à cet égard pour faire oublier pendant une heure trente qu’il ne vit pas dans un mobile-home et, pour le coup, les nombreux non-professionnels qui l’entourent ne sont jamais traités comme de simples faire-valoir, même si, à l’arrivée, ordre des ­choses et loi du marché, le prix d’interprétation, c’est lui qui peut l’avoir  !

Sur le fond : le film est bien, même si un peu long. Le pitch fait bigrement penser à celui de Lundi CDI, et plus généralement à plusieurs documentaires sortis cette année ou l’année dernière (Pôle emploi ne quittez pasLes règles du jeu). L’ambition est à peu près toujours la même, elle est intéressante mais commence à tourner en rond. Dans La loi du marché quelques passages valent vraiment le coup : les scènes de danse du couple, la négociation tendue sur la vente du mobile-home, le montage des images basse qualité des caméra de vidéo surveillance qui deviennent progressivement fascinantes, les dialogues affreusement justes et tranquillement inhumains entre la direction du supermarché et les employés. Pour autant deux travers un peu pénibles parasitent le film : d’abord l’obsession des plans fixes, toujours braqués sur le visage hirsute de Lindon (qui a vraiment pris 20 ans) et sur quasi rien d’autre (sa femme, son fils handicapé n’existent quasi pas comme personnages) ; ensuite le fait que ces plans fixes sont faits caméra à l’épaule, ce qui est complètement inutile et rend l’image tremblotante. Résultat le film est touchant, marche bien mais s’essouffle un peu vite.

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