La mariée était en noir

la-mariee-etait-en-noir

La mariée était en noir (France, 1968), un film de François Truffaut avec Jeanne Moreau, Michel Bouquet et Jean-Claude Brialy. Durée : 1h47. Sortie France : 17 avril 1968. Produit par Les films du Carrosse.

Jeanne Moreau en pleine forme dans un rôle de femme glaciale qui sied bien à l’air naturellement bougon de ses traits. Machine à vengeance, elle est le moteur du film : le spectateur ne peut qu’observer l’exécution parfaite du projet qu’elle s’est fixé. Son personnage est une femme dont le mari a été tué le jour de ses noces par un accident d’arme à feu, et qui n’est jamais parvenue à s’en remettre ; après avoir tenté sans succès de se suicider, elle décide de partir à la recherche des coupables – une bande de lâche qui n’ont pas assumé leur geste – pour leur régler leur compte. L’adaptation du roman de William Irish est l’occasion pour Truffaut de tisser tout un réseau de correspondances entre les scènes, avec une précision hitchcockienne et maniaque, que ce soit à travers les phrases prononcés par les membres du groupe (« Quand on en a vu une on les a toutes vues »), la ponctualité des crimes qui rejoint celle de l’accident (10h20 à toutes les horloges possibles et imaginables), l’omniprésence des portraits de la mariée qui matérialisent sa présence dans l’inconscient des protagoniste, ou encore la portée symbolique des costumes de la mariée qui sont tous composés de blanc, de noir ou de combinaisons infinies des deux. On peut lire sur le site dédié par la Cinémathèque à l’exposition Truffaut ce que lui-même a essayé de faire avec cette histoire :

J’aime les scènes d’amour un peu paradoxales, c’est-à-dire lorsque l’un des personnages n’est pas là. Par exemple, ce que j’ai aimé dans l’histoire de La Mariée était en noir, c’est que l’objet de son amour n’est pas sur l’écran. La Mariée est effectivement un film d’amour, mais de pur sentiment, puisqu’il s’agit, pour Julie, d’un amour au passé : son mari a été tué le jour-même des noces, à la sortie de l’église. En fait, une chose me passionnait : faire un film d’amour sans aucune scène d’amour. On ne trouvera pas un baiser dans ce film. L’action, sur l’écran, est quasiment celle d’un film criminel, et pourtant le dialogue ne concerne jamais cette action ; il ne traite que des rapports entre les hommes et les femmes. Le grand avantage que j’ai à utiliser un schéma d’aventure policière, c’est que si l’histoire est très simple et si les situations sont très claires, je peux me servir du dialogue d’une façon complètement indépendante de l’intrigue. Celle-ci marche toute seule, et on obtient alors deux films parallèles qui avancent simultanément. Tirez sur le pianiste, La Mariée était en noir et La Sirène du Mississipi sont des films dans lesquels le dialogue ne parle jamais de l’action policière, qui avance par les images, visuellement. Le dialogue est entièrement sur les relations entre les hommes et les femmes. C’est-à-dire des choses finalement assez intimes et qui ne sont pas les mêmes d’un film à l’autre. C’est une façon indirecte de m’exprimer qui me convient et c’est un grand plaisir de raconter deux films en même temps.

Il est d’autant plus difficile de s’identifier au personnage que Truffaut en a changé le scénario et fait en sorte que la mariée ne découvre pas à la fin qu’il s’agit d’un accident, mais au milieu même de son troisième crime. Plus tard, son passage par le confessionnal ne changera en rien son projet, voire même le renforcera : à ce moment le personnage de Julie n’existe en fait plus que pour et par la vengeance, ce qui explique à la fois sa séduction glacée, à laquelle tous succombent, et ses capacités remarquables d’adaptation aux circonstances (elle se fait tantôt maîtresse d’école, tantôt séductrice solitaire, tantôt modèle de Diane chasseresse). Jeanne Moreau porte magnifiquement ce rôle taillé pour elle, fait de majesté, rigueur et indifférence.

Laisser un commentaire