La noire de…

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La noire de (Sénégal, 1966), un film de Ousmane Sembene avec Momar Nar Sene, Ibrahima Boy et Bernard Delbard. Durée : 1h05. Produit par Filmi Domirev et distribué par Les actualités françaises.

Premier film d’un réalisateur d’Afrique noire, La noire de est frappant par le choix de son sujet : un fait divers à Antibes, celui d’une domestique noire qui s’est suicidé quelques années après avoir emménagé chez ses nouveaux patrons. La Rumeur :

Diouana, interprété par Mbissine Thérèse Diop, est bonne à Dakar pour une famille de coopérants français et finit par s’envoler pleine d’illusions en compagnie de ses employés en direction de la France. La France que Diouana connaît est celle d’un espace ouvert aux promesses et aux rêves. Ceux qui s’étalent sur les pages glacées des magazines. Tout cela sera de courte durée. A peine arrivée en France, elle déchante. Devenue un simple objet de commandement, et un animal exotique pour les convives, elle dépérit peu à peu… L’un des aspects qui caractérise le film, est l’économie de la parole. Elle permet de souligner le refus de dialoguer de Diouana, qui fait suite aux déconvenues, et sa terrible solitude. L’horizon de Diouana, est réduit à la froideur d’un appartement, qui devient progressivement son tombeau. Ainsi, nous ne verrons jamais l’extérieur de l’appartement à travers son regard. L’émigration n’est ici ni évasion ni errance. Elle est, comme pour le personnage de Diaw Fall, réclusion, immobilité et impossible retour. Le seul retour possible se fait sur soi. Il est souligné par la prépondérance de la voix intérieure, qui devient progressivement une carapace, contre le monde extérieur et ses bruits fussent-ils les paroles de ses employés. Cette voix qui redouble le sentiment d’enfermement, dit l’absence d’interlocuteur, la perte de l’innocence, et le poids du regret qui fait défiler les souvenirs d’une famille restée sans nouvelles et d’un amour laissé au pays. Cette voix étouffante renvoie également aux proches à qui on ne peut avouer, sous risque de perdre la face, une situation d’échec. Pour Sembène, ce voyage en Occident, celui qui captive les esprits mais également les corps, est celui des illusions qui échouent sur les récifs d’une réalité qui perpétue la logique coloniale.

Si le dispositif du film est efficace, il est aussi laborieux dans sa mise en oeuvre, et une fois compris il n’offre que peu d’espaces de créativité. L’étouffement de la parole se poursuit sur une heure, aboutit logiquement sur le suicide, puis se conclut sur un épisode de culpabilité du père de famille, qui essaye de payer la famille de la défunte pour se donner bonne conscience. Et tandis qu’il se fait suivre à travers le village par un enfant portant le masque que la bonne avait emmené avec elle en France, on se dit qu’il y avait moyen de faire moins lourd comme mise en scène.

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