La nuit américaine

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La nuit américaine (France, 1973), un film de François Truffaut avec François Truffaut, Jacqueline Bisset et Jean-Pierre Léaud. Durée : 1h55. Reprise France : 7 mars 2007, produit par Les Films du Carrosse et distribué par Swashbuckler Films.

La nuit américaine est à un cadeau sur mesure fait à la « famille du cinéma », une sorte d’hommage exalté et enfantin. Truffaut ne s’y montre que sous un jour très lisse, celui du réalisateur qui se laisse dépasser par son projet de film et par les contingences du tournage, et qui ne s’exprime vraiment qu’une ou deux fois, notamment pour dire cette très belle réplique :

Les films sont plus harmonieux que la vie. Il n’y a pas d’embouteillages dans les films, pas de temps mort. Les films avancent comme des trains, tu comprends, comme des trains dans la nuit. Des gens comme toi, comme moi, tu le sais bien, on est fait pour être heureux dans le travail, dans notre travail de cinéma.

Qui fait un écho amusant à celle de la femme du régisseur, aigrie et suspicieuse :

Qu’est-ce que c’est que ce cinéma ? Qu’est-ce que c’est que ce métier où tout le monde couche avec tout le monde ? Où tout le monde se tutoie, où tout le monde ment. Mais qu’est-ce que c’est ? Vous trouvez ça normal ? Mais votre cinéma, votre cinéma, moi je trouve ça irrespirable. Je le méprise, le cinéma !

La remarque est juste tant les personnages sur le plateau sont hauts en couleurs, un peu caricaturaux mais drôles et attachants, comme l’actrice dépressive qui boit trop et se trompe trois fois d’affilé sur la porte à ouvrir (scène géniale), ou Bernard Menez en accessoiriste maniaque. C’est bien un film choral, même si Ferrand et Alphonse, et plus particulièrement les intrigues amoureuses de ce dernier, occupent le devant de la scène. Film sur le cinéma, il reprend bien sûr des motifs d’autres films de Truffaut : le petit chat que toute l’équipe s’efforce de faire boire du lait pour les besoins de la scène est quasi même que celui de La peau douce ; Ferrand qui se rêve en petit garçon chipant la nuit des photos de Citizen Kane c’est à la fois le Doinel des Quatre cent coups et Truffaut lui-même.

La musique de Georges Delerue accompagne voire emplit les scènes de montages, notamment dans les prises inlassables à la sortie d’une reconstitution de bouche de métro. On voit également tout ce que le cinéma peut produire d’artifice : la fausse lumière d’une bougie, un feu au gaz dans une cheminée, jusqu’à la fameuse « nuit américaine » créée à partir d’une scène tournée en plein jour. Dans ce meta permanent se dresse aussi un état du cinéma de l’époque, à travers la coproduction anglaise qui bloque tout, l’ex-acteur Hollywoodien et l’actrice italienne sur le retour.

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