La peau douce

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La peau douce (France, 1964), un film de François Truffaut avec Françoise Dorléac, Jean Desailly et Nelly Benedetti. Durée : 1h55. Sortie France : 20 avril 1964, produit par Les Films du Carrosse et distribué par Athos Films.

La peau douce dresse le triste portrait d’un homme dans toute sa lâcheté de mari infidèle. Jean Desailly incarne un éditeur d’une revue littéraire à qui tout réussit, et qui se laisse emporter par sa passion pour une jeune femme rencontrée au hasard d’un vol au Portugal. Comme souvent chez Truffaut la rencontre est amenée par le fantasme d’un corps et d’un visage que l’on n’aperçoit que dans des cadres : d’abord les jambes bien sûr (après celles du Dernier métro), et les pieds qui changent de chaussures derrière un rideau dans l’avion ; ensuite le visage, dissimulé derrière des paquets dans l’ascenseur. Quand il finit par découvrir complètement Françoise Dorléac, le personnage de Lacheney passera encore par le téléphone de l’hôtel pour apprivoiser la voix de la jeune femme. Enfin retour aux jambes, au moment de la déshabiller, avec des mains rendues anonymes par le cadrage qui détachent délicatement ses bas.

Truffaut multiplie les champs-contrechamps pour marquer cette obsession du regard, qui n’est pas pervers mais au moins possesseur et jaloux, complètement absorbé, et n’offre à la caméra que l’image d’un visage impassible. Au cours d’un dîner notamment, Lacheney refuse de danser et reste assis à regarder sa maîtresse danser, immobile. Il sera également incapable d’agir mais obsédé par le fait de tout voir, dans un autre plan à Reims où un ami lui tient la jambe tandis que la fille qu’il aime se fait agresser quelques mètres plus loin dans la rue. Sa lâcheté est alors étalée au grand jour, puisqu’il ne bronchera jamais, ni la première fois ni les suivantes, par bête peur de se faire pincer.

Dès lors la rencontre amoureuse ne sera plus qu’une fuite en avant, entraînée par une musique de Georges Delerue omniprésente, qui suit des crescendo très marqués dans les situations tendues (les courses en voiture vers l’aéroport notamment, mais aussi d’autres moments beaucoup plus banals). Lacheney n’est jamais à la hauteur, et se révèle incapable de mener correctement une double vie. Les indices qui le trahissent se répandent partout : le numéro de téléphone de inscrit sur une boîte d’allumettes, les photos à développer, le double discours incohérent avec ses collègues… Sa femme Franca lit clair dans son jeu mais souffre de son manque de courage, imitée en cela par la maîtresse de son mari. À force de ne pas faire de choix, à vouloir gagner sur tous les tableaux, Lacheney fait souffrir tout le monde et fait se conclure l’histoire sur un fait-divers.

Le film est un bide à Cannes en 1964, mais signe une incursion très réussie de Truffaut hors de ses registres habituels, avec une ambition morale très marquée. Le casting est génial, en particulier Françoise Dorléac, la soeur de Catherine Deneuve, qui décèdera tragiquement trois ans plus tard.

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