La rue des crocodiles

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Street of Crocodiles (Royaume-Uni, 1986), un film de Stephen et Timothy Quay. Durée : 0h21. Distribué par Koninck Studios.

Disponible en intégralité sur Vimeo, Street of Crocodiles est un des films d’animation les plus connus des frères Quay, deux réalisateurs américains qui résident au Royaume-Uni. Le duo s’est spécialisé dans le film d’animation et les œuvres à base de collages et de marionnettes, où les personnages évoluent dans des atmosphères sombres et poussiéreuse, des décors en carton-pâte proches de ceux de Burton. Le film évoque aussi La Table tournante de Paul Grimault et Jacques Demy, pour son obsession des mécanismes et leur réflexion commune sur la représentation du cinéma à l’écran. En effet l’ouverture se fait sur un homme qui manipule un Kinétoscope, ancêtre du projecteur de cinéma, et met en lumière le plan d’une rue dite « des crocodiles », située dans une ville que l’on imagine proche de Drohobycz, la même que décrivait Bruno Schulz dans la nouvelle qui donne son titre au court-métrage :

On that map, made in the style of baroque panoramas, the area of the Street of Crocodiles shone with the empty whiteness that usually marks polar regions or unexplored countries of which almost nothing is known. The lines of only a few streets were marked in black and their names given in simple, unadorned lettering, different from the noble script of the other captions. The cartographer must have been loath to include that district in the city and his reservations found expression in the typographical treatment.

Dans ce monde étrange et inquiétant, le héros est une marionnette qui prend vie quand on lui coupe ses ficelles. Elle croisera un groupe de monstres hybrides, à la tête de poupée en porcelaine, qui le priveront à son tour de corps et le changeront en l’un des leur. Le film est porté par la très belle musique de Leszek Jankowski et infuse un profond sentiment de solitude et de désespoir : le lieu est décrit comme un ensemble de « réalités mécaniques » et de « plaisirs manufacturés », quand la charge symbolique le voit plutôt refléter la misère et la tristesse de la Pologne du début de siècle.

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