L’ami de mon amie

L'ami de mon amie

L’ami de mon amie (France, 1987), un film de Eric Rohmer avec Sophie Renoir, Emmanuelle Chaulet et Eric Viellard. Durée : 1h42. Produit et distribué par Les Films du Losange.

Blanche est fonctionnaire à la mairie de Cergy-Pontoise. A la cantine, elle rencontre Léa, une stagiaire en informatique qui vit avec Fabien, un jeune homme très sportif dont elle ne partage ni les goûts, ni les distractions. Les jeunes filles se lient d’amitié. Blanche propose à Léa de lui apprendre à nager. A la piscine, elles rencontrent Alexandre, un séduisant ingénieur dont la dernière conquête est une étudiante en art, Adrienne. Alexandre plaît à Blanche mais, par timidité et par maladresse, elle ne réussit pas à nouer des relations avec lui. — Ciné club de Caen

Un film délicat sur la difficulté à percevoir une attirance et à exprimer ses sentiments, que Rohmer mêle à un portrait urbain très réussi. Le film tourne gentiment en dérision l’engouement naïf pour les villes nouvelles et leur promesse de réconcilier la ville et la nature, et cette même légèreté de sentiments lorsqu’elle s’applique aux relations amoureuses. La couleur joue un rôle essentiel dans le film, celui d’un repère visuel changeant qui structure les relations des couples qui se font et se défont – jusqu’au point d’orgue de la scène finale en forme de gag. Rohmer apporte aussi un soin particulier au choix des habits, qui comme dans Les nuits de la pleine lune sont d’une grande modernité.

Succédant aux « Six Contes moraux », la série des « Comédies et Proverbes » réalisée entre 1981 et 1987 forme un ensemble plus libre, avec des liens plus lâches entre les films, une thématique commune moins rigoureuse, plus sensiblement orienté vers la comédie. Cette fois-ci le principe est simple : chaque film est l’illustration d’un proverbe ou d’une citation empruntés à la littérature classique ou au bon sens populaire. Il s’agit toujours pour Rohmer de tisser une œuvre autour du discours amoureux et de la recherche du bonheur, mais cette fois-ci contrariée ou provoquée par des contingences socioculturelles davantage que mue par des enjeux spirituels et éthiques, comme dans les « Contes moraux ». […] Le cadre de Cergy est symptomatique des gouts et des recherches du cinéaste qui capte la beauté d’un lieu de vie souvent critiqué pour sa froideur ou sa banalité fonctionnelle lors de sa création. Rohmer au contraire s’enthousiasme pour la ville nouvelle qui lui offre d’intéressantes perspectives de mises en scène. On a souvent décrit le cinéma de Rohmer comme un art de la parole, simple enregistrement audiovisuel de dialogues, marivaudages ou bavardages. Rien de plus faux. Rohmer est l’un des cinéastes français le plus obsédé par le cadre, la lumière et la couleur de ses films, qui en font un auteur beaucoup plus influencé par la peinture que le théâtre, même si cette influence est particulièrement subtile et discrète. Quant à l’utopie architecturale de Cergy elle prolonge la rêverie moderne d’un documentaire précoce de Rohmer, Les Métamorphose du paysage (1964), dans lequel le cinéaste chantait, pour la télévision scolaire, avec un évident plaisir du paradoxe et de la provocation, la beauté du béton et de l’acier et la poésie des zones industrielles préférées aux paysages champêtres. Là aussi on retrouve Rohmer, qui préférait toujours la stylisation, la clarté du fond et de la forme à la recherche forcenée du naturel (et du naturalisme), que ce soit dans les décors ou dans le jeu de ses interprètes. — Olivier Père

Laisser un commentaire