L’amour existe

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L’amour existe (France, 1960), un film de Maurice Pialat avec Jean-Loup Reynold. Durée : 21mn.

Le texte qui accompagne les 20 minutes de L’amour existe, disponible intégralement en ligne, est à la fois mélancolique et dur. Le ton du narrateur est souvent sec, mais aussi chargé de regrets. Un passage en particulier, qui était cité dans une conférence disponible sur le site du Forum des images, m’a amené à voir le court dans son entier.

Voici venu le temps des casernes civiles. Univers concentrationnaire payable à tempérament. Urbanisme pensé en termes de voirie. Matériaux pauvres dégradés avant la fin des travaux. Le paysage étant généralement ingrat. On va jusqu’à supprimer les fenêtres puisqu’il n’y a rien à voir. Les entrepreneurs entretiennent la nostalgie des travaux effectués pour le compte de l’organisation Todt. Parachèvement de la ségrégation des classes. Introduction de la ségrégation des âges : parents de même âge ayant le même nombre d’enfants du même âge. On ne choisit pas, on est choisi. Enfants sages comme des images que les éducateurs désirent. Jeux troubles dans les caves démesurées. Contraintes des jeux préfabriqués ou évasion ? Quels seront leurs souvenirs ?

Et effectivement, sur un extrait de cours de Paris 1 sur les politiques urbaines des années 60/70, on peut lire : « Les premières cités, construites dans l’urgence pour répondre à la demande pressante de logements, ont souvent été conçues comme provisoires et se dégradent très vite ; l’isolation phonique et thermique est inexistante ; mal entretenues, les constructions s’abîment avant même que tous les équipements soient terminés ». La caméra se balade entre ces constructions en sursis, pointe du doigt les façades mornes où s’étale l’immense décalage entre les bonnes intentions des architectes et la monotonie des vies qui occupent leurs constructions. En 20 minutes sur ce versant piteux de l’État gestionnaire et planificateur, on résume les fondements d’un échec durable.

La main de la gloire qui ordonne et dirige, elle aussi peut implorer. Un simple changement d’angle y suffit.

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