L’Avenir

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L’Avenir (France, 2016), un film de Mia Hansen-Løve avec Isabelle Huppert, André Marcon et Roman Kolinka. Durée : 1h38. Sortie France : 6 avril 2016. Produit par CG Cinéma et distribué par Les Films du Losange.

Je n’attendais pas grand chose de L’Avenir vu que je connais rien des films de Mia Hansen-Løve, mais je dois dire qu’ici son style colle très bien avec le jeu d’Huppert, et que le scénario fait moins « film français » qu’il paraît. On suit le destin d’une femme qui en quelques semaines voit tous les piliers de son existence s’effacer devant ses yeux (son mariage, sa mère, son boulot), mais qui en sort paradoxalement plus libre, pas forcément aussi dévastée qu’on pourrait le croire, bref c’est toute l’ambiguïté du caractère d’Huppert, constamment au bord du gouffre mais jamais abattue, qui est parfaitement mobilisée et déployée dans le rythme douloureusement lent du film.

On est en droit de se demander, devant L’Avenir, ce que peut bien être un Huppert movie. Sûrement un film qui pressent qu’on ne fait pas jouer l’actrice sans faire le ménage autour d’elle, sans lui organiser une cour de récréation où laisser libre cours à cette malice folle et géniale que cultive l’actrice depuis quelques films. Que l’on pense à Tip Top, Abus de faiblesse ou encore In Another Country, il y a chez Huppert quelque chose qui se joue entre le retour à l’enfance et un sado-masochisme rieur (la scène de « sexe » avec Samy Naceri dans Tip Top, ou encore le Breillat, et vu le scénario et le titre du film, gageons que le Verhoeven insistera sur cet aspect-là également). On salue donc l’intégration de l’ingrédient Huppert à l’intérieur de la machine molle qu’est le cinéma de Mia Hansen Love, qui trouve là un heureux contrepoison, une sorte d’exhausteur de goût à un univers qui commençait à frôler le coma à force de précaution et de délicatesse.

Nathalie, la cinquantaine, est prof de philo dans un lycée parisien, lorsqu’elle assiste impuissante à l’effondrement de ce qui faisait son monde : sa mère meurt, son mari la quitte, elle se faire virer de la boîte d’édition où elle tenait une collection d’ouvrages philosophiques. Dans cette première partie, la plus maîtrisée, MHL a ainsi la bonne idée de toujours retarder le moment de faire le portrait de son héroïne en femme brisée, pour s’occuper de dépeindre une femme trop occupée à courir partout et à dénombrer les dégâts qui s’enchaînent. Pour preuve, le montage hâchuré, expéditif, qui ne laisse ni le temps ni la place à Huppert de se morfondre, à peine le temps de s’y réfléchir que déjà un autre malheur arrive. La mollesse habituelle du style de MHL est ainsi contrebalancée et enfin mis en valeur par ce portrait de femme en forme de marathon catastrophique. En ce sens, le style de MHL trouve là une belle qualité de silence et une placidité qui coïncident avec la façon qu’elle a de ne jamais s’attarder à filmer l’irruption d’une quelconque violence : lorsque son mari annonce à Nathalie qu’il la quitte, elle le filme comme un rituel de cinéma français un peu fatigant pour son actrice et qu’on préfère interrompre une fois que l’essentiel en a été montré.

[…] MHL insiste à plusieurs reprises sur cette position, le corps de femmes d’un certain âge, accablées de tristesse. Il n’en fallait peut-être pas plus à MHL, pour trouver le moyen de se secouer de son spleen délavé et de son échec à filmer des gens de son âge : le corps frêle et musculeux de Huppert, cette virilité de femme mûre et cette impression persistante qu’elle n’a plus besoin de personne pour jouer, ou du moins qu’elle peut se suffire d’un chat ou d’un bébé pour tout compagnon de jeu. L’Avenir, finalement, peine tellement à rivaliser avec son actrice qu’on finit par se demander qui des deux est la victime consentante de l’autre ; mais le film a ceci de beau qu’il semble avoir intégré cette défaite devant l’actrice à son programme. — Murielle Joudet, Chronicart

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